645 000 bébés sont nés en France en 2025. C’est 2,1 % de moins qu’en 2024, 24 % de moins qu’en 2010, et le plus bas niveau depuis 1942. La même année, 651 000 personnes sont mortes. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pays compte plus de décès que de naissances : un solde naturel de moins 6 000. L’Insee a publié ce bilan le 13 janvier 2026.
La question qui a suivi ne portait pas sur les causes. « Baisse de la natalité en France : la faute aux femmes ? », demande un podcast du Monde ce lundi. Je la refuse, non par pudeur, mais parce que les chiffres publiés ne la soutiennent pas. Le bilan de l’Insee décrit un mécanisme. Chercher une coupable, c’est s’arrêter avant de l’avoir lu.
- Ce que le bilan 2025 établit
- L’explication commode, écartée par les chiffres
- Ce que les femmes demandent n’est pas un chèque
- Deuxième d’Europe, et cela ne console de rien
- Ce que cela change pour vous
Ce que le bilan 2025 établit
Le nombre de naissances est inférieur de 23,6 % à son niveau de 2010, dernier point haut. En quinze ans, la France a perdu environ 190 000 naissances par an. Au même moment, les décès ont augmenté d’environ 18 %, avec l’arrivée à des âges de forte mortalité des générations du baby-boom. Les deux courbes se croisent en 2025.
La population augmente encore, à 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026, soit plus 0,25 % sur un an. Mais cette croissance ne vient plus que du solde migratoire, estimé provisoirement à plus 176 000 personnes. 2024 était bissextile, et l’Insee corrige cet effet.
Solde naturel : plus 66 300 en 2020, plus 17 600 en 2024, moins 6 000 en 2025. Barres à l’échelle, maximum 750 000.
L’explication commode, écartée par les chiffres
Le nombre de naissances dépend de deux termes : combien de femmes en âge d’avoir des enfants, et combien d’enfants chacune met au monde. Depuis 2016, le premier terme ne baisse pas ; l’Insee note même que le nombre de femmes de 20 à 40 ans augmente légèrement. « La baisse du nombre de naissances depuis cette date s’explique donc uniquement par le recul de la fécondité », écrit l’Institut.
Cette fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme en 2025, après 1,61 en 2024 et 2,02 en 2010 en France métropolitaine. Il faut remonter à 1918 pour trouver aussi bas. Or l’indicateur masculin vaut exactement le même chiffre : 1,56 enfant par homme. Si la fécondité des femmes s’effondrait pour des raisons qui leur seraient propres, celle des hommes ne suivrait pas la même pente à la décimale. Le fait est collectif, il n’est pas féminin.
Le détail par âge dit où le renoncement se produit. Chez les 25 à 29 ans, la fécondité est tombée de 12,8 enfants pour 100 femmes en 2005 à 8,2 en 2025. Chez les 30 à 34 ans, de 12,9 en 2015 à 10,8. L’âge moyen à l’accouchement atteint 31,2 ans, contre 29,6 en 2005. Les enfants arrivent plus tard, et il n’y a pas de rattrapage.
Ce que les femmes demandent n’est pas un chèque
Reste la vraie question : pourquoi ce recul ? Les enquêtes donnent des pistes que l’Insee résume : le souhait d’enfants est en recul ; une étude de l’Ined de 2025 associe l’inquiétude face au changement climatique à des intentions plus faibles ; une conception plus égalitaire des rôles de genre va aussi avec des intentions moindres. Et le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge indique, dans son avis de 2025, que les femmes souhaiteraient être aidées en organisation, modes de garde et modulation du temps de travail, plus que financièrement.
Voilà ce que le débat évite. La demande formulée n’est pas un supplément d’allocations, c’est du temps et des places. Or l’offre recule. J’ai raconté comment 450 salariés licenciés emportent 10 crèches et 2 PMI, comment le rapport sur la périnatalité propose moins de maternités, et comment l’école justifie 4 000 suppressions de postes par la baisse des naissances. Chaque fermeture se défend seule, sur son budget. Je ne dis pas qu’elles causent la baisse : je dis qu’elles ferment les portes que les parents demandent, et qu’ensuite on leur demande pourquoi ils n’entrent pas.
Deuxième d’Europe, et cela ne console de rien
La comparaison européenne situe le phénomène. En 2023, dernière année de données disponibles, l’indicateur vaut 1,38 dans l’Union à 27 pays. La France tient 1,65 et le deuxième rang, derrière la Bulgarie (1,81). La baisse n’est donc pas une faute française, elle est européenne. Ce qui reste français, c’est l’instrument. Notre politique familiale reste un système de transferts conçu quand le problème était le revenu. Le prêt à taux zéro « parentalité » en est l’illustration récente : une aide qui s’ouvrirait aux parents déjà propriétaires, c’est encore de l’argent, jamais une place.
Ce que cela change pour vous
Si vous voulez un enfant, la contrainte qui vous attend n’est pas le montant de l’allocation, c’est la place. Demandez à votre mairie le nombre de places d’accueil pour 100 enfants de moins de 3 ans dans votre commune : c’est elle qui décide de votre organisation, et elle n’apparaît dans aucun débat national. Le logement pèse avant même la question du nombre.
Pour la suite, deux chiffres à suivre. Les naissances de 2026, qui diront si 2025 était un palier ou une pente. Et le solde migratoire : c’est lui, désormais, qui fait grandir la population. Un pays qui compte ses naissances sans compter ses places obtient exactement ce qu’il a : un chiffre qui baisse et un débat qui cherche une coupable.
À retenir
- 645 000 naissances en 2025, moins 24 % par rapport à 2010, plus bas niveau depuis 1942.
- 651 000 décès la même année : le solde naturel devient négatif (moins 6 000), une première depuis 1945.
- 1,56 enfant par femme, contre 1,61 en 2024 et 2,02 en 2010 ; l’indicateur des hommes est identique.
- Depuis 2016, le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants ne baisse pas : tout le recul vient de la fécondité.
Notre lecture
L’État traite les naissances comme une ressource à administrer, et il administre avec ce qu’il sait produire : des versements, des prêts, des seuils. Le résultat est là, publié chaque janvier, et il ne bouge pas dans le sens voulu. La demande exprimée, elle, est ailleurs : des places de crèche, des horaires qui ne punissent pas le deuxième enfant, des services qui restent ouverts. Tant que la question posée est « qui est responsable ? », on n’a pas à répondre à celle qui dérange, « qu’est-ce qui manque ? ». Accuser les femmes, c’est la manière la plus économique de ne rien construire.



