Une instruction publiée au Bulletin officiel le 16 avril 2026 demande aux agences régionales de santé de faire contrôler le plomb dans l’eau des écoles et des crèches. Le coupable qu’elle désigne n’est pas le vieux tuyau des immeubles d’avant-guerre : c’est le laiton des bâtiments neufs. Et le compte national n’est attendu qu’au 31 décembre 2027.
- Ce que l’instruction demande vraiment
- Le coupable est le bâtiment neuf
- 8 prélèvements au minimum par établissement
- Un seuil qui reste à 10 µg/L au robinet
- Qui paie, et qui répond
- Ce que j’en retiens
Ce que l’instruction demande vraiment
Le texte porte le numéro DGS/EA4/2026/54 et se présente comme un « document opposable ». Il vise les établissements scolaires, périscolaires, médico-sociaux et sanitaires, publics ou privés, dont les réseaux ont été construits ou rénovés depuis moins de 5 ans et qui accueillent des enfants de moins de 6 ans. Les ARS invitent les responsables de ces réseaux à faire analyser le plomb, avec un courrier type en annexe 2, dans l’année.
Le 25 octobre, Ouest-France rapporte que l’ARS Pays de la Loire exige cette vérification dans certaines écoles et crèches de la région. En cas de dépassement, le gestionnaire prévient l’ARS par le formulaire 143838 et informe les populations. Le bilan consolidé doit remonter à la Direction générale de la santé « au 31 décembre 2027 au plus tard ».
Le coupable est le bâtiment neuf
La phrase décisive est au milieu du texte : « Récemment, la présence de plomb hydrique au sein de certains établissements scolaires ou crèches dans des bâtiments neufs ou rénovés a pu être constatée avec des valeurs dépassant, dans la durée, la limite de qualité. » L’annexe 1 donne les sources : alliages cuivreux de robinetterie et de vannes, laiton, zinc de galvanisation, certains PVC à stabilisants de plomb. L’eau qui sort de l’usine n’a pas de plomb ; ce qui contamine, c’est ce qu’on a installé après le compteur, y compris sur un chantier récent.
8 prélèvements au minimum par établissement
L’annexe 3 impose le protocole : prélèvements à la cantine ou à la biberonnerie, dans chaque zone de sanitaires, dans au moins une salle par zone de classes, et au point le plus éloigné du compteur. Deux prélèvements par point, premier et second jet : 8 analyses au minimum par établissement.
Le premier jet est l’eau qui a stagné avant que l’enfant remplisse son verre : 1 litre sans purge, pendant les heures d’activité. En cas de dépassement, nouveau prélèvement après 30 minutes de stagnation, plus un second jet après le compteur pour écarter le réseau public.
Le plomb autorisé dans l’eau potable, en amont du robinet
Limite de qualité en microgrammes par litre (µg/L), et calendrier de l’instruction.
Un seuil qui reste à 10 µg/L au robinet
La limite est passée de 25 à 10 µg/L fin décembre 2013, et le plomb a été interdit dans les branchements. Le texte maintient 10 µg/L en amont jusqu’au 31 décembre 2035, puis 5 µg/L au 1er janvier 2036, comme le prévoit la directive 2020/2184. Au robinet du consommateur, en revanche, la limite reste fixée à 10 µg/L, avec une valeur inférieure à 5 µg/L à viser pour la même échéance. Le point où l’enfant boit garde donc la norme la plus large, et aucune dérogation n’est possible pour le plomb.
L’enjeu n’est pas théorique. L’ARS Pays de la Loire rappelle que le saturnisme infantile commence à 50 µg/L de plomb dans le sang, que c’est une maladie à déclaration obligatoire, et que l’intoxication à bas bruit abîme le développement sans symptôme visible. L’instruction de 2016, citée par celle d’avril, retenait qu’en cas de dépassement des seuils, 5 % des enfants exposés risquaient une plombémie élevée.
Qui paie, et qui répond
Le texte désigne « le propriétaire du bâtiment ou le cas échéant l’exploitant » : la commune pour une école ou une crèche publique, l’établissement de santé pour un service de pédiatrie. C’est cette personne qui commande les analyses, prévient l’ARS, remplace les pièces si la pollution est structurelle, et peut être mise en demeure avec astreinte journalière si elle ne fait rien.
La charge tombe sur les budgets communaux, au moment où l’État leur prend 5,4 milliards d’euros dans le budget 2027. Le dépistage financé avant la réparation, on l’a déjà vu à Saint-Nazaire pour le plomb des jardins. Le contrôle qui évite les tuyaux en PVC d’avant 1980, aussi. Ici, au moins, le protocole est écrit.
Ce que j’en retiens
Ce qui me frappe, c’est le calendrier : instruction en avril 2026, analyses avant avril 2027, bilan au 31 décembre 2027, et rien qui oblige à publier ce bilan. Aucune liste d’établissements, aucun résultat consultable. On demande aux communes de chercher, on leur laisse la facture, et on se donne 20 mois pour compter.
Le protocole est sérieux, et c’est pour cela que le silence gêne : un prélèvement au premier jet, dans une école livrée en 2024, voilà où se joue le plomb aujourd’hui.
L’État fixe le seuil et le calendrier, la commune paie et répond de l’eau qu’elle sert, et le bilan public attendra 2027. Le point le plus exposé, le robinet, garde la limite la plus permissive jusqu’en 2036.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Contrôles exigés dans les écoles et crèches des bâtiments neufs ou rénovés depuis moins de 5 ans.
- Cause désignée : laiton, alliages cuivreux, zinc, certains PVC, donc après le compteur.
- 8 prélèvements au minimum par établissement, dont un premier jet sans purge.
- Bilan national au 31 décembre 2027, sans obligation de publication.
À observer : la vidéo du cabinet Landot et associés (30 juin 2021) sur la directive 2020/2184, celle qui fixe la baisse du plomb à 5 µg/L. Le cadre de l’instruction d’avril 2026 : la directive, sa transposition, puis les courriers aux communes.



