Un syndicat de communes a fait relire ses factures d’électricité et de gaz, comme l’a raconté La Voix du Nord. Résultat : 148 726 euros rendus par EDF et Engie à 36 communes, après plus de 200 erreurs relevées entre 2022 et 2024. Le syndicat fédère 98 communes du Nord. Trente-six ont récupéré de l’argent. Les 62 autres ont payé ce qu’on leur a facturé, sans que personne ne relise.
- Ce que l’audit a trouvé
- Le calcul que personne ne fait
- Un groupement d’achat qui n’inspecte pas
- Ce que cela change pour un particulier
- Ce que j’en retiens
Ce que l’audit a trouvé
Le contrôle a duré deux ans et porté sur près de 3 000 compteurs électriques et de gaz. Plus de 200 erreurs en sont sorties : exonérations oubliées, périodes de facturation incorrectes, réglementations mal appliquées. Aucune n’est spectaculaire, toutes se paient. À Killem, 11 euros. À Renescure, 9 000 euros ; son maire, Frédéric Jude, ne cache pas la cause, le manque de personnel l’empêchait de tout vérifier. À Merville, plus de 9 000 euros. En moyenne, 4 131 euros par commune.
Une erreur de facturation n’est pas un vol : aucune pièce publique n’établit d’intention, et les sommes ont été régularisées, pas sanctionnées. Ce qui est établi, c’est le mécanisme. Une facture fausse reste fausse tant que personne ne la relit, et elle devient un paiement.
Le calcul que personne ne fait
Ramené au compteur, le magot est modeste : 49,6 euros sur trois ans, 16,5 euros par an. Aucun élu ne convoque une réunion pour 16 euros. Et 200 erreurs sur 3 000 compteurs, une erreur pour 15 compteurs : le contrôle ne cherche pas l’exception, il trouve la règle.
Qui garde les 148 726 euros
Répartition de la somme récupérée, et rendement par compteur relu
Le cabinet a coûté 38 500 euros, le syndicat en garde 35 800, 74 426 reviennent aux communes : un euro dépensé en a rapporté 3,9. À Marseille, la même société annonce 2,7 millions sur 5 000 compteurs, soit 540 euros par compteur, onze fois le rendement des Flandres. Les périodes ne sont pas connues ; mais le rendement dépend de ce qu’on cherche.
Un groupement d’achat qui n’inspecte pas
Le Territoire Énergie Flandre est un syndicat d’énergie : il achète l’électricité et le gaz en gros pour ses communes, négocie les prix, refacture les consommations. L’acheteur professionnel a donc payé un cabinet privé pour relire ce que ses fournisseurs lui envoyaient.
La raison est structurelle. Vérifier une facture suppose de connaître le tarif d’acheminement, les taxes locales, les exonérations propres à chaque site, les dates de changement de compteur, les puissances souscrites. C’est un métier, et les communes ne l’ont pas. La hausse des prix depuis 2022 a rendu ce contrôle plus rentable, pas plus fréquent (notre article du 13 octobre). Le cadre se décide sans elles : le « tarif agent » de 300 000 salariés de l’énergie a été révisé par arrêté (notre article du 25 septembre).
L’asymétrie est plus lourde que les 148 726 euros. Le fournisseur écrit, l’acheteur paie, et le seul contrôle est celui que l’acheteur s’organise. À ma connaissance, aucun contrôle public ne relit ces factures ligne à ligne : la chambre régionale des comptes juge les comptes, pas les factures.
Ce que cela change pour un particulier
Je n’étends pas le résultat aux ménages : une facture particulière n’a ni la même structure ni les mêmes exonérations, et je n’ai trouvé aucune donnée publique sur les erreurs qui les concernent. Le mécanisme, lui, ne change pas : ce qui est facturé n’est vérifié que si quelqu’un le vérifie, et une puissance mal reportée se répète pendant des mois (EDF déplace par ailleurs les heures creuses de 9,3 millions de foyers).
Le recours existe : réclamation écrite au fournisseur, puis le Médiateur national de l’énergie, saisi gratuitement. C’est une procédure, pas un droit théorique, et elle suppose la même chose que l’audit des Flandres : quelqu’un qui compare ce qui est dû et ce qui est payé.
À observer : cette vidéo est celle du fournisseur lui-même. Elle détaille les lignes d’une facture : abonnement, consommation, acheminement, taxes. C’est là que se logent les erreurs que l’audit des Flandres a trouvées, exonérations oubliées, périodes fausses, régularisations. Elle sert donc ici de pièce à charge involontaire.
Ce que j’en retiens
Un territoire de 98 communes, des factures de millions d’euros, et la vérification confiée à un cabinet parce que personne n’en a les moyens en interne. Puis 200 erreurs, et un chèque. La leçon de souveraineté n’est pas celle qu’on attend : on la mesure en réacteurs et en barrages, elle se joue aussi sur une ligne de facture. Une commune qui a perdu ses services techniques ne perd pas seulement des emplois : elle perd la capacité de contester. La décentralisation réelle, ce n’est pas plus de compétences affichées, c’est la capacité matérielle de relire ce qu’on vous envoie.
La facture est un acte d’autorité que personne ne contresigne. Que 36 communes sur 98 trouvent 148 726 euros en relisant trois ans établit que le contrôle est rentable ; qu’elles soient si peu à le faire établit autre chose. Vérifier n’est pas une question de volonté, c’est une question de personnel, donc de budget, donc de choix politique. On a préféré des économies d’effectifs à la capacité de contester une facture, et le résultat tient en une ligne : on paie.
- Le Territoire Énergie Flandre fédère 98 communes ; 36 ont récupéré 148 726 euros auprès d’EDF et Engie.
- Près de 3 000 compteurs relus, plus de 200 erreurs entre 2022 et 2024.
- Le cabinet coûte 38 500 euros, le syndicat en garde 35 800, 74 426 euros reviennent aux communes.
- Rendement : 49,6 euros par compteur sur trois ans dans les Flandres, 540 euros à Marseille.
- Aucune pièce publique n’établit d’intention : les sommes ont été régularisées, pas sanctionnées.



