Mercredi 21 octobre, 68 gendarmes descendent d’un avion de Périgueux. Le lendemain, sur le campus du Moufia, aucun cours n’est assuré. Deux scènes à vingt-quatre heures d’intervalle, quatre jours après les violences : à La Réunion, la réponse est arrivée après, et de loin.
Les parties de cet article
- Le blocus était annoncé pour 6 heures
- Ce que les étudiants demandaient
- Le samedi où l’île a manqué d’hommes
- Les drones, une commune puis cinq
- 68 gendarmes, un chiffre que personne ne fixe
- Ce que j’en retiens
Le blocus était annoncé pour 6 heures
L’appel a été lancé le mardi 20 octobre par un collectif d’étudiants, hors des canaux syndicaux. Un tract diffusé sur les messageries annonçait un blocage du Moufia dès 6 heures, le jeudi 22. Mercredi en fin d’après-midi, le président de l’université, Jean-François Hoarau, a annulé tous les cours sur le Moufia et le Parc technologique universitaire, et les bibliothèques de Saint-Denis sont restées fermées (page officielle des BU).
La lettre du cabinet précise que les sites restent ouverts, avec un contrôle d’accès renforcé. Elle ne donne aucun motif. Sollicité par Imaz Press, le président n’a pas répondu. Le collectif a renoncé à son blocage.
Plusieurs milliers d’étudiants perdent une journée de cours pour empêcher un blocage qui n’a pas eu lieu. L’anticipation a consisté à retirer l’enseignement, pas à le protéger.
Ce que les étudiants demandaient
Le tract réclamait des « logements dignes », une « amélioration du versement des bourses » et la « sauvegarde des filières menacées ». Le mouvement lycéen avait déjà fermé 400 établissements le 2 octobre, selon notre bilan. Le 17 août, l’Unef a chiffré l’écart : un boursier ultramarin dépense 6,94 % de plus chaque année qu’un étudiant de l’Hexagone. Une représentante du Snesup-FSU décrit des travaux dirigés à 70 étudiants.
Rayan Remtoula, vice-président étudiant, résume la position des représentants : « Nous sommes solidaires des revendications du collectif. Toutefois, nous ne voulions pas nous associer au blocus. »
Le samedi où l’île a manqué d’hommes
Le 17 octobre, la journée contre la vie chère a été suivie à La Réunion, et la nuit a été violente : le McDonald’s de La Possession a brûlé, des galets et des mortiers ont été tirés au Port, des voitures ont brûlé à Saint-Denis. Ce samedi, 120 policiers et 99 militaires étaient déployés, soit 219 agents pour toute l’île. Le dimanche, 270. Onze membres des forces de l’ordre ont été blessés ; 24 personnes ont été interpellées depuis le début des événements selon la préfecture.
Le directeur territorial de la police nationale, Laurent Chavanne, le dit sans détour : « C’était quelque chose qui n’était pas prévu. » Au niveau national, le ministre de l’Intérieur a reconnu une « asymétrie par rapport au volume de participants » : 200 000 prévus, 500 000 comptés (notre bilan). À Marseille, les récits s’étaient figés avant les faits (notre article).
Ce qui a été engagé, ce qui a été autorisé
Forces déployées et communes sous arrêté drones, 17 et 18 octobre 2026.
Les drones, une commune puis cinq
Les survols par drone ont été autorisés par le préfet, le samedi, pour Sainte-Marie uniquement. Il a fallu attendre le dimanche pour la même signature à Saint-Denis, Saint-Pierre, Saint-André et Le Port. Gilles Clain, d’UN1TÉ Police, pose la question : « Est-ce que la hiérarchie de la police a adressé des demandes en ce sens à la préfecture ? » Personne n’a répondu. L’outil existait, il n’a pas été autorisé à temps.
68 gendarmes, un chiffre que personne ne fixe
Le renfort a été demandé par le préfet au ministère de l’Intérieur. L’escadron 47/2 de Périgueux s’est posé mercredi à 8 h 30 ; dès le lendemain, deux escadrons interviennent sur quatre secteurs, de Saint-Pierre à Saint-Benoît. Plus de 500 policiers et gendarmes sont annoncés pour le week-end du 24 octobre, selon Le Quotidien. Des couvre-feux pour les mineurs sont prêts dans une demi-douzaine de communes, que le préfet ne juge pas nécessaires à ce stade.
Patrice Latron parle d’« un niveau de violence qui est quand même exceptionnel ». Le chiffre, lui, n’est pas fixé : 68 gendarmes pour LINFO.re et Le Quotidien, 58 dans une première dépêche de LINFO.re, aucun effectif dans le communiqué de la préfecture, selon Freedom. Or l’effectif est la seule mesure publique du renforcement.
À observer : cette enquête vidéo indépendante, publiée le 19 octobre, porte sur la journée nationale et sur l’écart entre les prévisions et la rue. Elle ne documente pas La Réunion.
Ce que j’en retiens
La séquence est le sujet. 219 agents le jour annoncé, 270 le lendemain, un escadron venu en avion quatre jours plus tard, plus de 500 annoncés la semaine suivante. À chaque étape, la décision est montée à Paris puis redescendue : sur un territoire à 9 000 kilomètres, cette chaîne a un horaire de vol.
Le seul geste d’anticipation exécuté sur place n’a pas protégé : il a suspendu. Une université qui annule une journée de cours pour éviter un blocage dit qu’elle ne peut pas garantir l’ordre dans ses murs. Les étudiants paient la journée, et la mobilisation est reportée à une date que personne n’a fixée.
La souveraineté, je l’ai écrit ici, est la capacité à encaisser un choc. Ici, la réserve est à 9 000 kilomètres : elle arrive quand Paris l’accorde et quand un avion se pose. Ce n’est pas un jugement sur les gendarmes qui descendent de la passerelle, c’est une question posée à l’organisation du pays.
Deux silences restent : pourquoi l’arrêté drones ne couvrait qu’une commune le samedi, et pourquoi l’effectif du renfort n’est pas publié.
- 219 agents le samedi 17 octobre, 270 le dimanche, 11 blessés dans les rangs des forces de l’ordre.
- Drones autorisés pour Sainte-Marie seulement le samedi, puis pour 5 communes le dimanche.
- 68 gendarmes arrivés de Périgueux, un effectif que la préfecture ne publie pas.
- Le 22 octobre, l’université annule tous ses cours sans motif écrit, alors que le collectif renonce à son blocus.
Et vous : si votre université annulait les cours pour empêcher un blocage, diriez-vous que vous avez été protégé ou empêché ?



