Mardi 20 octobre, à la tribune de l’Assemblée nationale, Anne Genetet a demandé au gouvernement de « reconsidérer les suppressions de postes prévues au budget pour 2027 ». Elle siège dans le groupe EPR du président et a été ministre de l’Éducation nationale à l’automne 2024 : elle y a défendu un budget qui retirait 4 000 postes d’enseignants. Elle conteste un chiffre deux fois et demie plus petit. La contradiction est réelle, mais elle n’est pas là où on l’attend : entre les deux budgets, c’est la façon de compter qui a changé.
Les parties de cet article
- Ce qui s’est dit, mot pour mot
- 1 588, 3 257, 9 600 : trois chiffres, trois choses différentes
- Ce qu’elle défendait en 2024, et ce que le calcul dit
- Ce que 1 588 postes font à une carte scolaire
- Ce que la suite peut encore changer
Ce qui s’est dit, mot pour mot
Pendant les questions au gouvernement, sur fond de mobilisation lycéenne et de pillages, elle condamne d’abord les violences, puis vient à l’école : « Nous demandons des actes. Reconsidérez les suppressions de postes prévues au budget pour 2027. » La phrase est dans le compte rendu intégral de la première séance du 20 octobre 2026, à la page de ses interventions : c’est le texte officiel.
Édouard Geffray, pour le ministère, répond par la trajectoire : entre 2017 et 2027, « le budget de l’éducation nationale aura augmenté de 32 %, avec 900 000 élèves de moins ». Il annonce ensuite que les engagements pris devant les lycéens « se traduiront par des amendements du gouvernement au projet de loi de finances pour 2027 ». Le chiffre de 1 588 n’est donc pas définitif, et la rue a déjà fait reculer l’exécutif, comme sur la grève annoncée pour le 5 novembre.
Trois chiffres, trois choses différentes : 1 588, 3 257, 9 600
Le dossier de presse du budget 2027 annonce 64 milliards d’euros de crédits, en hausse de 1,2 milliard, et « 3 257 créations d’emplois » ; il annonce aussi une « reprise de 1 588 ETP enseignants ». Les deux chiffres sont exacts, et ne parlent pas de la même chose.
Le premier est un solde global : 1 804 emplois de protection et d’accompagnement des élèves, 3 041 emplois d’élèves-fonctionnaires et de stagiaires. Faites l’addition, retirez les 1 588 postes d’enseignants : vous retrouvez 3 257. Le chiffre de communication contient donc déjà la suppression, et se compose surtout d’emplois qui ne sont pas devant une classe.
Le second est un schéma d’emploi : des départs à la retraite non remplacés. Aucun titulaire n’est licencié, et l’effet arrive par le bas, par des classes qui ne rouvrent pas.
Le troisième, 9 600, est le plus instructif : c’est ce que la baisse du nombre d’élèves aurait justifié si la démographie était appliquée à 100 %. Près de 180 000 élèves de moins sont attendus à la rentrée 2027. Le ministère n’en prend que 3 644, réaffecte 2 056 postes ailleurs, et affiche un solde de 1 588 : « un tiers est rendu, deux tiers sont conservés ».
Le solde de 1 588 postes, et ce qu’il cache
Schéma d’emploi des enseignants prévu pour 2027, en équivalents temps plein. Survolez une barre.
Ce qu’elle défendait en 2024, et ce que le calcul dit
À l’automne 2024, ministre depuis un mois, elle est auditionnée le 30 octobre par la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Le budget 2025 prévoit 4 000 suppressions, et elle les relativise : « la baisse démographique de près de 100 000 élèves […] aurait mécaniquement conduit à supprimer 5 000 postes d’enseignants », dit-elle dans l’audition du 30 octobre 2024 publiée par Vie publique.
Ce raisonnement se vérifie, à condition de le pousser au bout. Le budget de 2024 retirait 4 000 postes pour 100 000 élèves perdus, soit 40 postes pour 1 000 élèves. Celui de 2026 retire 1 588 postes pour 180 000 élèves perdus, soit 8,8 pour 1 000, quatre fois et demie moins.
Voilà ce que la polémique ne dit pas : la députée ne conteste pas un budget plus dur qu’avant, mais un budget plus doux que celui qu’elle a porté. Ce qui a changé n’est pas le chiffre, c’est le rapport de force. Des milliers de lycéens sont dans la rue, et la casse a un coût chiffré pour les communes, comme le montre le coût réel de la casse lycéenne.
Ce que 1 588 postes font à une carte scolaire
Sur les 1 588 postes, 1 250 concernent le public, selon le détail publié par Le Café pédagogique : 414 dans le premier degré, 836 dans le second. Les 414 du primaire sont les plus visibles : une école rurale qui perd un poste, c’est une classe qui ferme. Les 836 du second degré se voient moins.
Le projet prévoit une carte scolaire par bassins de vie dans 18 départements, pour cesser d’« imposer depuis Paris des suppressions de postes dans les territoires ». Un fait contredit l’intention : le solde est fixé à Paris, et les académies ne répartissent qu’une enveloppe déjà réduite.
Ce que la suite peut encore changer
Le budget n’est pas voté : le texte passe au Sénat, revient à l’Assemblée, et le gouvernement a annoncé des amendements. Deux issues : corriger le solde de quelques centaines de postes, ou réaffecter sans changer le total.
La question n’est donc pas de savoir si 1 588 est beaucoup, mais qui décide du solde, à partir de quoi, et avec quel recours pour ceux qui le subissent. Le texte voté donnera une réponse observable, comme sur l’effort demandé aux retraités.
Notre lecture, opinion de la maison et non un fait
Je ne crois pas que le problème de l’école française soit un manque de postes en soi, mais un pilotage qui fixe le nombre de professeurs à Paris selon une moyenne nationale. Le ministère a raison sur ses moyennes, le maire qui ferme une classe a raison sur son école : l’État mesure ce qu’il peut mesurer, pas ce que les gens vivent.
Séance du 20 octobre 2026, chaîne officielle de l’Assemblée nationale. L’échange Genetet-Geuffray vient après les questions sur les violences du 17 octobre. Le ministre y annonce les amendements du gouvernement : le chiffre de 1 588 est provisoire.
Pour aller plus loin
Deux lectures complémentaires : un jeune sur 7 qui lit mal, et 56 000 candidats sans proposition dans Parcoursup.



