Le projet annuel de performances de la mission Défense, annexé au projet de loi de finances pour 2027, ne se contente pas de constater l’échec du programme européen d’avion de combat : il en organise la suite. Le calendrier y est écrit noir sur blanc. « La seconde phase des travaux de démonstration, devant notamment mettre en vol le prototype du NGF, sera lancée en 2027 », peut-on lire à la page 457 du document, qui ajoute : « Le développement de l’avion opérationnel sera lancé en 2029. » Le NGF (New Generation Fighter) était le cœur du Système de combat aérien du futur (SCAF), mené depuis 2017 par la France, l’Allemagne et l’Espagne.
La ligne budgétaire correspondante, l’action « 09-62 – Frapper à distance – SCAF » du programme 146 « Équipement des forces », passe de 1,2 milliard d’euros d’autorisations d’engagement en 2026 à 2,744 milliards en 2027, soit une hausse de 128,7 %. Ses crédits de paiement, eux, n’augmentent que de 22,7 %, de 454,5 à 557,8 millions d’euros.
Ce que les documents budgétaires écrivent
Le SCAF est décrit par le même document comme l’ensemble destiné à permettre à l’armée de l’Air et de l’Espace et à la Marine nationale de tenir leurs missions à l’horizon 2040, « en particulier sur des théâtres de haute intensité ». Il comprend des plates-formes, des armements et des drones, reliés par un « cloud de combat », avec la permanence de la composante nucléaire aéroportée parmi les missions citées.
Le projet annuel de performances constate ensuite la rupture. « En juin 2026, l’Allemagne a annoncé son retrait de la coopération sur l’avion NGF. Seuls certains travaux réalisés aujourd’hui en coopération, principalement sur le Cloud de Combat, pourraient se poursuivre en coopération entre les deux pays, selon des modalités à définir. Le cœur du programme SCAF (incluant l’avion NGF), anciennement réalisé en coopération avec l’Allemagne et l’Espagne, sera donc réalisé dans un nouveau format, en national ou selon un nouveau cadre de coopération. » Les industriels français cités par le document sont Dassault Aviation, Thales, MBDA et Safran.
Pourquoi le programme est passé en national
La décision remonte à juin 2026. Le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius avait alors annoncé la fin du projet commun d’avion de sixième génération, après des années de désaccord entre Dassault Aviation et Airbus sur le partage du travail, la propriété intellectuelle et le pilotage du programme. L’Allemagne a depuis lancé ses propres travaux, et le Royaume-Uni lui a proposé une porte de sortie européenne (voir plus bas).
Le 8 octobre 2026, devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale, la ministre des Armées Catherine Vautrin a confirmé le caractère national des travaux, comme le rapporte Zone Militaire : « Dès juillet 26, il a été décidé de lancer, en national, les travaux sur le chemin critique de ce qu’on appelait le NGF », afin de « sécuriser le planning initial, qui vise à disposer d’une capacité au début des années 2040 ». « Ces travaux vont être réutilisés. Donc, nous n’avons pas perdu d’argent », a-t-elle insisté.
Interrogée quelques mois plus tôt par le sénateur Hugues Saury sur le « plan B » du gouvernement, la ministre avait chiffré l’héritage devant le Sénat : « Huit années d’engagement, 2,5 milliards d’euros d’investissements, dont la moitié en développements 100 % souverains », en soulignant que « la quasi-totalité des investissements vont nous permettre de continuer à travailler sur un avion de chasse à horizon 2040 ». La réponse écrite au Sénat est publique.
Engagements et paiements : deux chiffres, deux logiques
La distinction n’est pas cosmétique. Une autorisation d’engagement permet à l’État de signer des contrats dont la dépense s’étale sur plusieurs années ; un crédit de paiement est l’argent effectivement décaissé dans l’année. Sur l’action SCAF, le document prévoit pour 2027 2,639 milliards d’euros d’engagements et 567,8 millions d’euros de paiements, avec un total de 3,64 milliards à étaler jusqu’en 2029. Autrement dit, la France engage dès maintenant la deuxième phase de démonstration, dont la facture sera réglée plus tard.
À l’échelle de la mission, le projet de loi de finances pour 2027 porte la Défense à 78,7 milliards d’euros en autorisations d’engagement et à 63,4 milliards en crédits de paiement hors pensions, soit 6,5 milliards de plus qu’en 2026, selon le même document.
Ce que la France garde et ce qui reste partagé
Tout n’est pas repris en main. Le cloud de combat, ce réseau qui relie avions, drones et capteurs, pourrait continuer en coopération avec l’Allemagne, « selon des modalités à définir ». La motorisation fait l’objet d’études nouvelles : le délégué général pour l’armement Patrick Pailloux a évoqué une poussée portée à 11 tonnes, financée par le programme 144 « Environnement et prospective de la politique de défense » et par un autofinancement de Safran, « en coopération ou non ». La modernisation du Rafale au standard F5 se poursuit en parallèle, avec des contrats notifiés à l’été 2026 par la Direction générale de l’armement.
La concurrence européenne se recompose
Le 8 octobre, le Premier ministre britannique Andy Burnham a déclaré que le Royaume-Uni était ouvert à ce que l’Allemagne rejoigne le Global Combat Air Programme (GCAP) qu’il conduit avec l’Italie et le Japon, un projet concurrent du SCAF, relate BFM TV. Pour la France, l’enjeu dépasse la question industrielle : il porte sur la capacité à tenir un calendrier de souveraineté sans dépendre d’un partenaire qui peut se retirer, et sur ce que ce choix coûte en crédits publics, alors que le même budget doit financer la dissuasion, les munitions et le soutien à l’Ukraine. Cette recomposition est documentée par la lecture du calendrier budgétaire français publiée par la presse spécialisée.
À retenir
- Le projet annuel de performances 2027 fixe le vol du prototype du NGF en 2027 et le lancement du développement de l’avion opérationnel en 2029.
- La ligne SCAF passe de 1,2 à 2,744 milliards d’euros d’autorisations d’engagement (+128,7 %), contre +22,7 % seulement pour les crédits de paiement.
- Le document écrit que le cœur du SCAF, avion compris, sera réalisé en national ou dans un nouveau cadre de coopération, après le retrait allemand de juin 2026.
- Les industriels cités sont Dassault Aviation, Thales, MBDA et Safran ; le cloud de combat pourrait rester partagé avec l’Allemagne.
- Le 8 octobre, le Royaume-Uni s’est dit ouvert à l’adhésion de l’Allemagne au GCAP, projet concurrent mené avec l’Italie et le Japon.
À lire aussi
- Char du futur : l’Allemagne quitte le MGCS, la France doit repenser l’après-Leclerc
- Airbus : une gouvernance qui penche côté allemand, l’avenir de la succession du PDG
- Dissuasion : ce que le tir du M51.3 par Le Vigilant change réellement
Question aux lecteurs
Après le retrait de l’Allemagne du NGF, la France finance désormais seule la suite de son avion de combat. Quel jugement vous paraît le plus juste ?
Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.



