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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Airbus : une gouvernance qui penche côté allemand, l’avenir du PDG en question

Section de fuselage d'avion en cours d'assemblage dans un hangar industriel
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Airbus a renouvelé son conseil d’administration le 1er octobre 2026. Le nouveau président du conseil est espagnol, une première dans l’histoire du groupe. Surtout, les fonctions opérationnelles les plus lourdes (avions commerciaux, défense, finances, ressources humaines) sont désormais tenues par des dirigeants allemands, alors que l’État français détient, à égalité avec l’Allemagne, environ 10,8 % du capital, sans droit de veto sur les décisions stratégiques. La question de la reconduction du PDG français Guillaume Faury, dont le mandat court jusqu’en 2027, pourrait être examinée dès avril, l’Allemand Lars Wagner étant présenté comme le successeur probable. Ce rééquilibrage intervient après l’échec, en juin 2026, du programme d’avion de combat franco-allemand SCAF, qu’une coalition pilotée par Berlin et Madrid a décidé de poursuivre sans la France.

Un conseil renouvelé le 1er octobre

Dans un communiqué publié le 1er octobre 2026, Airbus annonce plusieurs changements au sein de son conseil d’administration. René Obermann, qui présidait le conseil depuis 2020, quitte ses fonctions pour se consacrer à son mandat de président du conseil de surveillance du logiciel allemand SAP. Il est remplacé à la présidence par Amparo Moraleda, administratrice indépendante de référence, désignée dès l’assemblée générale du 14 avril 2026. C’est la première fois que la présidence du conseil d’Airbus n’est assurée ni par un Français ni par un Allemand.

Le conseil a par ailleurs coopté Christophe Fouquet, directeur général du fabricant néerlandais de machines pour semi-conducteurs ASML, pour achever le mandat d’Obermann. Florent Menegaux, directeur général de Michelin, a été choisi pour succéder à Jean-Pierre Clamadieu. Mark Dunkerley devient président du comité des rémunérations, des nominations et de la gouvernance, et administrateur indépendant de référence. Ces nominations seront soumises au vote des actionnaires à l’assemblée générale d’avril 2027.

Les postes opérationnels tenus par des Allemands

Au-delà du conseil, plusieurs fonctions exécutives centrales sont occupées par des dirigeants de nationalité allemande. Depuis janvier 2026, Lars Wagner, ancien patron du motoriste MTU Aero Engines à Munich, dirige Airbus Commercial Aircraft, la division des avions civils (A320, A330, A350) et le cœur économique du groupe ; il a succédé plus tôt que prévu au Français Christian Scherer. Depuis avril 2025, Carmen-Maja Rex, passée notamment par Siemens, a remplacé le Français Thierry Baril à la direction des ressources humaines, un poste membre du comité exécutif. Michael Schoellhorn dirige Airbus Defence and Space, la branche de défense, et Thomas Toepfer est directeur financier du groupe.

C’est ce qu’ont relevé plusieurs observateurs et médias français le 8 octobre. Selon l’agence britannique Reuters, qui a révélé début octobre les changements au conseil, ces nominations préparent la décision sur l’avenir du directeur général l’an prochain : elle pourrait être examinée dès avril 2027, et Lars Wagner est largement présenté comme le successeur probable de Guillaume Faury. L’hypothèse d’un PDG allemand à la tête d’Airbus, après un PDG français, n’a rien d’une règle automatique : la direction du groupe est autonome depuis la réforme de gouvernance de 2014, et les nominations relèvent du conseil, sur des critères de compétences.

Un État actionnaire sans droit de veto

La structure du capital éclaire l’enjeu. L’État français détient environ 10,8 % d’Airbus, par l’intermédiaire de la Société de gestion de participations aéronautiques (SOGEPA) ; l’Allemagne en détient une part quasi identique, via sa banque publique KfW, et l’Espagne environ 4,1 %, par la SEPI. Le reste du capital est flottant, réparti entre de nombreux investisseurs institutionnels et particuliers. Le siège social du groupe est établi à Leyde, aux Pays-Bas.

Cette parité franco-allemande autour de 10,8 % est le produit d’un accord bilatéral : lorsque Paris a cédé une fraction de sa participation en 2014, Berlin a ajusté la sienne pour rester à égalité. Mais détenir un peu moins de 11 % du capital ne donne ni majorité ni droit de veto sur les décisions stratégiques. Depuis la réforme de 2014, la direction du groupe est formellement indépendante des États actionnaires : la France et l’Allemagne disposent chacune d’une voix, et aucune des deux ne peut, seule, bloquer une opération, un changement de siège ou une réorientation industrielle.

Après l’échec du SCAF, un chasseur sans la France

Ce déplacement s’inscrit dans un contexte industriel précis. Le Système de combat aérien du futur (SCAF), lancé en 2017 par la France et l’Allemagne et rejoint par l’Espagne en 2019, devait doter l’Europe d’un avion de combat de sixième génération, appelé à succéder au Rafale et à l’Eurofighter. Le projet a échoué en juin 2026, sur un désaccord entre Dassault Aviation, maître d’œuvre du volet avion, et Airbus, sur la répartition des tâches et la propriété intellectuelle.

Après cet échec, l’Allemagne et l’Espagne ont lancé une nouvelle coalition, baptisée « Team Gen 6 » et pilotée par Airbus, qui récupère une partie des briques du programme (moteurs, nuage de combat, missiles, drones d’accompagnement). Le volet avion de combat partagé avec la France est, lui, abandonné. Le suédois Saab est cité comme partenaire possible pour répartir la facture. Pour l’Espagne, jusqu’ici partenaire mineur, l’opération fait entrer ses industriels (Indra, GMV, ITP Aero, Sener) dans le noyau dur ; côté allemand, MTU, Hensoldt, Diehl Defence et MBDA sont associés.

Ce que répondent les syndicats

Cette lecture d’un basculement n’est pas partagée par tous. Interrogés par France 3 Occitanie, des syndicats relativisent l’importance de la nationalité des dirigeants : « Ça ne change pas grand-chose pour nous », estiment-ils, en renvoyant l’enjeu aux sites industriels, à l’emploi et aux décisions d’investissement plutôt qu’aux passeports des cadres. La direction du groupe reste par ailleurs française, puisque Guillaume Faury exerce toujours les fonctions de directeur général. Distinguer les faits vérifiables (qui occupe quel poste, quelle part du capital) de l’interprétation (le sens politique de ce rééquilibrage) reste donc nécessaire : la nationalité d’un dirigeant ne détermine pas à elle seule la localisation des emplois et des centres de décision.

À retenir

  • Airbus a annoncé le 1er octobre 2026 un renouvellement de son conseil d’administration ; la présidence revient à l’Espagnole Amparo Moraleda, une première pour un dirigeant ni français ni allemand (communiqué Airbus).
  • Les fonctions opérationnelles clés (avions commerciaux, défense, finances, ressources humaines) sont tenues par des dirigeants allemands, tandis que la direction générale reste assurée par le Français Guillaume Faury.
  • L’État français détient environ 10,8 % du capital (SOGEPA), à égalité avec l’État allemand (KfW) et devant l’Espagne (4,1 %, SEPI) ; depuis 2014, la direction est indépendante des États actionnaires et une participation d’environ 11 % ne confère pas de droit de veto.
  • Selon Reuters, les changements au conseil préparent la décision sur l’avenir du directeur général, qui pourrait être examinée dès avril 2027 ; Lars Wagner est largement présenté comme le successeur probable.
  • Le programme d’avion de combat franco-allemand SCAF, lancé en 2017, a échoué en juin 2026 ; une coalition pilotée par Airbus (Allemagne, Espagne, Suède possible) en reprend une partie, sans le volet avion partagé avec la France.
  • Des syndicats relativisent la portée de la nationalité des dirigeants et renvoient l’enjeu aux sites et à l’emploi ; la nationalité d’un dirigeant ne détermine pas à elle seule la localisation des décisions industrielles.

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Question aux lecteurs

Airbus : que devrait faire l’État français, actionnaire à hauteur d’environ 10,8 % du capital ?

Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.

Pour aller plus loin

Méthode : le fait central, le rééquilibrage de la gouvernance d’Airbus et l’ouverture de la question de la succession du directeur général, est établi par une source primaire (communiqué Airbus du 1er octobre 2026 et document « Airbus in Germany ») et par plusieurs origines réellement distinctes : Reuters, France 3 Occitanie / franceinfo, Atlantico, Aviation Week et Science et Vie. Les reprises d’une même dépêche comptent pour une seule origine. Réserves : la désignation d’un dirigeant ne détermine pas à elle seule la localisation des emplois, et les syndicats interrogés par France 3 relativisent la portée de la nationalité des cadres ; la décision sur l’avenir du directeur général n’est pas prise et l’échéance d’avril 2027 relève d’une anticipation rapportée par Reuters ; les participations des États (environ 10,8 % pour la France et pour l’Allemagne, 4,1 % pour l’Espagne) sont des ordres de grandeur arrondis, susceptibles d’évoluer ; le lien entre le rééquilibrage de la gouvernance d’Airbus et l’issue du programme SCAF relève de l’interprétation et n’est pas présenté comme une causalité établie.

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