L’Union européenne a retiré, mardi 22 septembre, deux oligarques russes de sa liste de sanctions : Alicher Ousmanov, réclamé par la France, et Mikhaïl Fridman, par le Luxembourg. En contrepartie, le régime visant près de 3 000 personnes et entités est prolongé pour trois ans. Le lendemain, mercredi 23 septembre, l’Azerbaïdjan a gracié le Français Martin Ryan, emprisonné pour « espionnage » — une coïncidence de calendrier que Paris n’a jamais confirmée comme une négociation.
Deux oligarques retirés, trois ans de sanctions
La décision, adoptée mardi par procédure écrite puis publiée au Journal officiel de l’Union européenne, supprime les entrées d’Alicher Ousmanov, milliardaire russo-ouzbek décrit par l’UE comme un « oligarque pro-Kremlin », et de Mikhaïl Fridman, cofondateur du conglomérat Alfa Group. Le régime de sanctions lui-même est renouvelé jusqu’au 22 septembre 2029, un passage de six mois à trente-six mois qui éloigne le risque d’une renégociation à l’unanimité tous les semestres.
Ce dénouement met fin à une semaine de blocage. La Lettonie, dernier État à s’opposer, a finalement abstenu son vote au lieu de le bloquer, ce qui a permis l’adoption. Riga a annoncé qu’elle imposerait ses propres sanctions nationales contre les deux hommes. La cheffe de la diplomatie suédoise, Maria Malmer Stenergard, a dit « regretter profondément » le retrait de deux noms pourtant « juridiquement solides ».
La demande française, un motif resté opaque
La France réclame depuis la mi-septembre le retrait d’Ousmanov, en invoquant des « raisons de sécurité nationale » sans jamais les détailler. Le Luxembourg a obtenu en parallèle le retrait de Fridman, qui réclame 15 milliards d’euros à l’État luxembourgeois devant une juridiction arbitrale pour le gel de ses avoirs.
Selon le Financial Times puis plusieurs agences, la demande française serait liée à un accord de libération de prisonniers avec l’Azerbaïdjan, proche d’Ousmanov. Paris n’a jamais confirmé de telles tractations, et le Quai d’Orsay s’en tient à la formule d’une « question spécifique de sécurité nationale ».
Martin Ryan gracié, un second Français toujours détenu
Mercredi, un décret présidentiel du président azerbaïdjanais Ilham Aliev a gracié Martin Ryan, un homme d’affaires français arrêté en décembre 2023 et condamné à dix ans de prison pour « espionnage » au profit de la DGSE, des accusations que la France a toujours rejetées comme « arbitraires ». Il figure dans une liste de 20 personnes graciées, seul ressortissant français. Il était attendu à Paris dans la journée de mercredi.
Un autre citoyen français, l’homme d’affaires Anass Derraz, reste détenu à Bakou : condamné à 12 ans de prison en novembre 2025, il est accusé d’avoir accepté un pot-de-vin d’un oligarque russe.
La colère de Kiev, la satisfaction de Moscou
L’Ukraine a vivement condamné le retrait des deux oligarques. Le ministre des Affaires étrangères, Andriy Sybiga, a jugé la décision « honteuse et injustifiable », estimant que « Moscou célèbre ». Il a exhorté les États membres à imposer « dès maintenant » leurs propres sanctions nationales. Le président Volodymyr Zelensky a estimé qu’« aucun nom sur la liste n’y figure par hasard ».
À Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a salué la perspective de ce retrait, en jugeant illégales les sanctions européennes.
À retenir
- L’UE a retiré Alicher Ousmanov (demandé par la France) et Mikhaïl Fridman (par le Luxembourg) de sa liste de sanctions, tout en prolongeant le régime pour trois ans.
- Le motif français — des « raisons de sécurité nationale » — reste non détaillé; le lien avec une libération de prisonniers en Azerbaïdjan est rapporté mais jamais confirmé par Paris.
- Le lendemain, l’Azerbaïdjan a gracié le Français Martin Ryan; un second Français, Anass Derraz, reste détenu.
- La Lettonie s’est abstenue et imposera ses propres sanctions; Kiev dénonce un « mauvais signal », Moscou s’en félicite.
Question aux lecteurs
L’Union européenne a retiré deux oligarques russes de sa liste de sanctions, et l’Azerbaïdjan a gracié le lendemain le Français Martin Ryan. Qu’en pensez-vous ?
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- Ukraine anger as EU removes Russian oligarchs from sanctions list — BBC
- EU removes two oligarchs from Russia sanctions list — The Guardian
- L’Azerbaïdjan gracie le Français Martin Ryan — franceinfo
- La grâce présidentielle de Martin Ryan — RFI
Les faits — retrait d’Alicher Ousmanov et de Mikhaïl Fridman adopté le 22 septembre et publié au Journal officiel de l’UE, prolongation du régime jusqu’en 2029, abstention lettone, grâce présidentielle de Martin Ryan par décret du 23 septembre — reposent sur des origines distinctes (Reuters, BBC, The Guardian, POLITICO, AFP/franceinfo, RFI, France 24). Le motif français de « sécurité nationale » n’est pas détaillé, et le lien entre le retrait d’Ousmanov et la libération de Martin Ryan est une information rapportée (Financial Times, agences), jamais confirmée par Paris. Les réactions (Sybiga, Zelensky, Peskov, Stenergard) sont des déclarations attribuées à leurs auteurs. Les chiffres (3 000 personnes et entités, 15 milliards d’euros, 20 graciés) sont ceux communiqués par les institutions et les sources citées.



