Au lendemain de la mobilisation des pêcheurs méditerranéens, qui ont bloqué ports et dépôts pétroliers pendant quatre jours, la ministre déléguée à la Mer et à la Pêche, Catherine Chabaud, promet un « plan de sauvegarde de la pêche en Méditerranée » construit « avec les pêcheurs ». Au-delà du seul prix du gazole, elle juge le plan européen West Med « pas adapté » et se rend mardi à Bruxelles pour le dire au commissaire européen.
Une crise qui dépasse le seul prix du gazole
La semaine dernière, les pêcheurs de la Méditerranée se sont mobilisés quatre jours durant, bloquant des dépôts pétroliers et des ports, de Nice (Alpes-Maritimes) jusqu’à Port-la-Nouvelle (Aude), en passant par Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Le mouvement s’est calmé après une réunion de plus de six heures jeudi au ministère.
L’étincelle a été la flambée du prix du gazole, un poste de dépense tel pour les pêcheurs qu’il rend, selon eux, leur activité non rentable. Mais la grogne porte aussi sur des revendications plus structurelles : un versement jugé trop tardif des aides au carburant, des quotas de pêche estimés trop restrictifs pour le thon rouge, et des charges administratives jugées trop lourdes.
Le plan West Med, cœur du désaccord avec Bruxelles
Au centre des tensions figure le plan européen West Med, qui vise une pêche durable en réglementant le chalutage en Méditerranée occidentale. Les pêcheurs le jugent trop restrictif : il limite à 100 le nombre de sorties en mer autorisées par an et impose des filets aux mailles très larges qui, selon eux, laissent passer une grande partie de leurs prises.
« On est en train, ensemble, de construire une espèce de plan de sauvegarde de la pêche en Méditerranée », s’est félicitée la ministre à l’issue de son déplacement à Sète (Hérault) puis au Grau-du-Roi (Gard). Elle a annoncé se rendre mardi à Bruxelles pour rencontrer le commissaire européen à la Pêche, Kostas Kadis, afin de lui dire que « ce plan n’est pas adapté et qu’il y a une urgence ».
Un « plan de sauvegarde » promis, pas encore doté
La ministre a promis d’« accélérer » pour « trouver des solutions pour aider les pêcheurs », au-delà de la seule question du carburant. Mais la promesse reste à ce stade sans enveloppe annoncée, et les réactions des professionnels sont partagées.
« On va reprendre le travail et on verra si ce qui a été dit est mis en route », a assuré Brice Rousseau, pêcheur aux petits métiers au Grau-du-Roi, se disant « content » et jugeant la ministre « à l’écoute ». « On pensait qu’elle arriverait avec de l’argent, mais c’est pas le cas », a déploré de son côté Jean-Baptiste Gaubert, vice-président du comité pêche Occitanie.
La ministre dit attendre les « propositions » des pêcheurs sur les quotas, qui doivent être renégociés à la fin de l’année, et vouloir « travailler avec eux » avant les négociations sur le thon rouge à l’ICCAT, l’organisme international spécialisé.
À retenir
- La ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, promet un « plan de sauvegarde de la pêche en Méditerranée », construit « avec les pêcheurs ».
- Au-delà du prix du gazole, le conflit porte sur le plan européen West Med (100 sorties en mer par an, filets à larges mailles), jugé « pas adapté ».
- Elle se rend mardi à Bruxelles pour rencontrer le commissaire européen à la Pêche, Kostas Kadis.
- La promesse n’est à ce stade dotée d’aucune enveloppe : certains pêcheurs restent sceptiques.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- Déplacement de Catherine Chabaud auprès des pêcheurs de Méditerranée — Ministère de la Transition écologique
- La ministre veut construire « avec les pêcheurs » un « plan de sauvegarde » — AFP (via Boursorama)
- La ministre attendue à Sète face aux inquiétudes des pêcheurs — France Bleu Hérault
- La ministre dans le Sud pour rencontrer à nouveau des pêcheurs — AFP (via Marine & Océans)
Les faits (déplacement de la ministre à Sète et au Grau-du-Roi le 21 septembre, mobilisation de quatre jours des pêcheurs la semaine précédente, promesse d’un « plan de sauvegarde », déplacement annoncé à Bruxelles) sont établis par la dépêche AFP, le communiqué du ministère de la Transition écologique et des reportages indépendants (France Bleu, Nice-Matin). Le « plan de sauvegarde » est une déclaration d’intention de la ministre, non une décision dotée de moyens ; le nombre de 100 sorties en mer par an et les mailles imposées sont la description du plan West Med telle que rapportée par les pêcheurs, à confronter au texte européen. Les citations sont attribuées à leurs auteurs (Catherine Chabaud, Brice Rousseau, Jean-Baptiste Gaubert, Bertrand Wendling). La non-rentabilité de la pêche au regard du prix du gazole est l’appréciation des professionnels interrogés.



