Dimanche 25 octobre, à 3 heures du matin, il sera 2 heures. La France reculera d’1 heure, comme les 26 autres États membres de l’Union européenne.
À Paris, le soleil se couchera à 17 h 44, contre 18 h 46 la veille. Il se lèvera à 7 h 24, contre 8 h 23. La soirée perd 1 heure de jour d’un seul coup, la matinée en gagne 1.
Ce sera le 102e changement d’heure depuis 1976. Et le 16e depuis le vote du Parlement européen qui devait y mettre fin en 2021. La fin n’est jamais venue.
Voici ce que je vais montrer.
- Ce que votre soirée perd, ce que votre matinée gagne
- Une heure décidée pour 27 pays
- La promesse de 2021 et les 16 changements qui ont suivi
- Ce que l’heure d’été fait encore économiser
- Personne ne veut choisir le fuseau du voisin
- Ce que j’en conclus
Ce que votre soirée perd, ce que votre matinée gagne
À 3 heures, les horloges reviennent à 2 heures. L’intervalle entre 2 heures et 3 heures se produit donc 2 fois : une fois à l’heure d’été, une fois à l’heure d’hiver. Pour ceux qui travaillent la nuit, cette heure-là dure le double.
Le soleil, lui, ne change rien. Le 25 octobre, à Paris, il se lève à 7 h 24 et se couche à 17 h 44, heure légale. La veille, les mêmes journées donnaient 8 h 23 et 18 h 46. Entre les deux, 1 heure de décalage, décidée.
Lever et coucher du soleil à Paris, heure légale, du 1er octobre au 30 novembre 2026
Heure de Paris. Unité : heure et minute. Survolez un point ou utilisez les flèches du clavier.
Source : calculs astronomiques sur les coordonnées de Paris (48,86 N, 2,35 E). Les valeurs du 24 et du 25 octobre ont été contrôlées à la minute contre les éphémérides de sunrise-sunset.org. Script et données au dossier de production.
Le midi solaire, moment où le soleil est au plus haut, tombe à 12 h 35 à Paris le 25 octobre. En juin, il tombe à 13 h 52, alors que nos horloges marquent midi depuis près de 2 heures. L’heure d’été ne fabrique pas de lumière. Elle la déplace du matin vers le soir, en nous écartant du soleil.
Il ne change rien en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à La Réunion ni à Mayotte, où l’heure ne bouge pas. Seul Saint-Pierre-et-Miquelon suit le mouvement, avec un décalage propre (vie-publique.fr).
Une heure décidée pour 27 pays
Cette heure n’a rien de naturel. Elle est fixée par une directive européenne, la directive 2000/84/CE du 19 janvier 2001. Son article 2 impose le passage à l’heure d’été le dernier dimanche de mars, à 1 heure du matin, temps universel. Son article 3 impose le retour le dernier dimanche d’octobre, à la même heure.
Le motif est inscrit dans le texte : le marché intérieur, les transports, les communications. 27 États, 3 fuseaux, une même date de bascule. Un pays qui voudrait sortir seul devrait obtenir une révision de la directive.
Chez nous, le point de départ est un décret du 19 septembre 1975, pris après le choc pétrolier. L’heure d’été devait être provisoire. Elle dure depuis 51 ans.
Voilà le paradoxe. Le soleil est local : il se lève sur un village, pas sur un continent. L’heure est centralisée : le même cadran vaut de Brest à Strasbourg. Ce n’est pas un scandale en soi. C’est une décision.
La promesse de 2021 et les 16 changements qui ont suivi
À l’été 2018, la Commission européenne consulte les Européens : 4,6 millions de réponses, 84 % pour la fin du changement d’heure. En France, la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale organise sa propre consultation, du 4 février au 3 mars 2019. Elle recueille 2 103 999 réponses. Pour la fin du changement d’heure : 83,71 %. Pour rester à l’heure d’été toute l’année : 59,17 %. Pour l’heure d’hiver : 36,97 %. Sans opinion : 3,86 % (vie-publique.fr).
Le 26 mars 2019, le Parlement européen vote. La fin du changement d’heure est adoptée par 410 voix contre 192, avec 51 abstentions, pour une application en 2021.
Il manquait le Conseil de l’Union européenne, où siègent les ministres des États. Il lui faut une majorité qualifiée. 7 ans et demi plus tard, il n’a toujours pas arrêté de position, et aucun calendrier de décision n’est fixé (Conseil de l’UE). Le 23 octobre 2025, le Parlement européen a de nouveau demandé à la Commission et au Conseil ce qui bloque. La réponse institutionnelle est claire : après 6 ans d’examen, aucune position commune n’existe (Parlement européen, débat du 23 octobre 2025).
Dans son programme de travail 2026, la Commission garde le texte parmi ses propositions en suspens (COM(2025) 870 final, annexe III, point 53). Elle ne l’a pas retiré. Elle n’en a pas fait non plus une initiative nouvelle.
Depuis ce vote, la France a changé d’heure 16 fois, celle du 25 octobre comprise. Si la fin votée pour 2021 avait été appliquée, les 10 changements de 2022 à 2026 n’auraient pas eu lieu.
Ce que l’heure d’été fait encore économiser
L’argument de départ était l’énergie, en pleine crise pétrolière. Il a beaucoup maigri.
Dans son rapport de 2010, l’Agence de la transition écologique (Ademe) chiffrait le gain total lié au changement d’heure à 440 GWh pour l’année 2009. Rapporté à l’électricité consommée en France en un an, cela représente environ 0,1 %.
Une méta-analyse publiée en 2018 dans The Energy Journal va plus loin. Elle rassemble 162 estimations tirées de 44 études. La moyenne affichée est de 0,34 % d’économie pendant les jours concernés, mais leur estimation la mieux construite tombe à 0,01 %, c’est-à-dire rien.
Le reste est une facture locale. L’éclairage public représente en moyenne 41 % de la consommation électrique des communes, selon une réponse du gouvernement au Sénat en février 2023. Quand la nuit tombe 1 heure plus tôt, ce sont les communes qui allument plus tôt. Elles paient, et vous payez par l’impôt local. Le même mécanisme déplace des heures et des coûts sans vous demander votre avis, comme pour les heures creuses d’EDF.
Personne ne veut choisir le fuseau du voisin
Le blocage n’est pas technique. La question est simple : quel fuseau garder toute l’année ? L’heure d’été permanente, avec des matins sombres en décembre, ou l’heure d’hiver permanente, avec des soirées écourtées en juin ?
Les États ne répondent pas la même chose. L’Espagne a demandé publiquement la fin du changement d’heure. La Pologne et la Finlande l’ont soutenue lors d’une réunion des ministres de l’énergie en octobre 2025 (AFP, relayée par Le Soir). D’autres pays du Nord redoutent un lever du soleil à 9 heures en hiver. Le Parlement européen avait lui-même exigé une coordination, pour éviter un patchwork d’heures sur le continent.
La France, elle, n’a pas tranché. Dans sa dernière réponse écrite connue, le 23 février 2023, le ministère de la Transition énergétique appelait à « rester prudent » sur les effets d’un tel changement. Il ajoutait que les échanges entre États devaient se poursuivre. Il rappelait aussi qu’une seule révision de la directive permettrait à la France d’abandonner le changement d’heure (JO Sénat du 23 février 2023). Je n’ai pas trouvé de position plus récente : c’est une lacune de ma recherche, pas une absence de décision.
« La fin du changement d’heure : pourquoi ça coince », Europe 1, 26 octobre 2019, 1 min 15. Séquence d’octobre 2019 : elle expose le blocage de l’époque, que rien n’a dénoué.
Ce que j’en conclus
Mon jugement, que j’assume : le problème n’est pas l’heure. C’est la promesse.
Une heure commune est une commodité. Les trains, les avions, les rendez-vous, les marchés, les écoles supposent un temps partagé. Je ne crois pas qu’un village doive fixer son heure contre les autres, ni que la coordination soit une capitulation.
Mais l’objection la plus forte me revient aussitôt : Bruxelles, ici, c’est nous. Le Conseil, c’est le gouvernement français assis parmi 26 autres. Accuser l’Union d’immobilisme, c’est accuser la France, qui n’a pas bougé. La responsabilité n’est pas volée par un bureaucrate étranger. Elle est diluée entre 27 États qui préfèrent ne pas choisir.
C’est cela que je reproche au mécanisme. Une décision a été annoncée, votée, chiffrée, et personne ne l’applique. Ni le Conseil, ni la Commission, ni le gouvernement français ne portent la décision finale. Chacun attend l’autre, et le citoyen consulte, répond, puis recule sa montre.
Ma conviction est simple. Si l’heure d’été doit rester, qu’on le dise et qu’on l’assume, avec ses matins noirs de décembre. Si elle doit disparaître, qu’on choisisse le fuseau et qu’on l’écrive dans une directive. Ce qui ne peut pas durer, c’est une règle que plus personne ne défend et que tout le monde applique.
Le 25 octobre, vous reculerez votre montre. Personne ne vous demandera votre avis, et personne ne vous dira quand cela s’arrêtera. Ce n’est pas une question d’heure. C’est une question de décision.
Et vous, que préférez-vous : garder l’heure d’été toute l’année, garder l’heure d’hiver, ou le changement tel qu’il est ? Dites-le-moi en commentaire.



