Les Français ont donné 204 euros en moyenne cette année, 18 euros de moins qu’en 2025, selon l’Observatoire des générosités publié ce matin. Un tiers a réduit ses dons, 9 fois sur 10 faute de moyens. Le chiffre le plus politique est ailleurs : 13 % des Français font confiance à l’État pour renforcer la solidarité. Les associations en obtiennent 52 %.
- Que mesure vraiment ce chiffre ?
- Qui donne moins, et qui appelle à l’aide ?
- Pourquoi l’État arrive-t-il dernier ?
- Combien votre don coûte à l’État ?
- Trois chiffres qui ne disent pas la même chose
Que mesure vraiment ce chiffre ?
L’enquête est signée Odoxa pour Leetchi. Elle a été menée du 23 au 28 septembre auprès de 3 000 personnes, par quotas.
Le chiffre de 204 euros est une moyenne déclarée. Les personnes interrogées disent ce qu’elles ont donné. Aucun reçu fiscal n’est vérifié.
Or 2026 n’est pas finie. La baisse porte sur une année déclarée en septembre. Ces 18 euros représentent 8,1 % du don moyen de 2025.
Qui donne moins, et qui appelle à l’aide ?
33 % des Français ont réduit leurs dons. Dans 86 % des cas, la raison est économique : moins de moyens qu’avant.
La baisse frappe plus fort là où les revenus sont bas. 39 % des habitants des Hauts-de-France ont réduit, 38 % dans le Centre-Val de Loire, 36 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Occitanie.
La Normandie perd 127 euros sur un an. Sa moyenne tombe à 152 euros. Le Grand Est passe premier, avec 316 euros de moyenne. C’est 94 euros de plus qu’en 2025. La Bretagne recule au 7e rang, à 181 euros.
En face, 16 % des Français ont eu recours à la solidarité pour s’en sortir. Dans 51 % des cas, c’était pour le loyer, les factures ou les courses.
Les moins de 35 ans cumulent les deux. Ils ont donné 241 euros en moyenne, et 28 % d’entre eux ont demandé de l’aide. La même génération donne et reçoit.
85 % des personnes interrogées disent que le prix des carburants pèse sur leur budget. Une sur deux parle d’un impact important. Cette baisse suit le pouvoir d’achat, pas un soudain égoïsme. La consommation de carburant a reculé de 4,8 % depuis janvier : les ménages se restreignent déjà sur l’essentiel.
Pourquoi l’État arrive-t-il dernier ?
Pour renforcer la solidarité, les Français font d’abord confiance aux citoyens : 65 %. Puis aux associations : 52 %. Puis aux collectivités : 37 %. Puis aux entreprises : 14 %. L’État ferme la marche avec 13 %.
Ce classement recoupe une autre enquête, publiée le 21 octobre par Odoxa et ICI. 56 % des Français se disent insatisfaits du service public des aides et prestations sociales.
Le mouvement colle aux façons de donner. 71 % veulent privilégier leur entourage. 59 % préfèrent les associations de proximité, 5 points de plus qu’en 2025. 53 % veulent donner à des personnes plutôt qu’à des organismes, 9 points de plus qu’en 2020.
Le don de proximité a un avantage simple : on voit ce qu’il devient. L’aide publique, elle, se concentre. L’État a versé 9,5 milliards d’euros aux associations en 2024. 68,7 % du total va à 2,5 % des versements.
La défiance ne vise pas seulement le gouvernement en place. 76 % des Français jugent que les responsables politiques ne s’engagent pas assez sur la solidarité. Cette semaine, le Sénat a voté la saisie du RSA et de la prime d’activité, et le ministre a saisi le Conseil d’État.
À qui faites-vous confiance pour renforcer la solidarité ?
5 réponses. Survolez une barre.
Source : Observatoire des générosités Odoxa pour Leetchi, enquête du 23 au 28 septembre 2026 auprès de 3 000 personnes.
Combien votre don coûte à l’État ?
Un don ouvre droit à une réduction d’impôt. Le taux général est de 66 %. Il monte à 75 % pour les organismes qui distribuent des repas gratuits, favorisent le logement ou soignent gratuitement.
Ce taux majoré s’applique dans la limite de 2 000 euros. Le plafond a été fixé par l’article 28 de la loi de finances pour 2026. Cette loi date du 19 février. Un don de 2 000 euros à un restaurant solidaire coûte 500 euros au donateur. L’État en paie 1 500.
En 2022, 3,641 milliards d’euros de dons ont été déclarés aux impôts, selon France générosités. Cela venait de 5,5 millions de foyers. À 66 %, la réduction représente au moins 2,4 milliards d’euros.
Cette dépense fiscale n’apparaît pas dans le budget. Elle est payée par tous, y compris ceux qui ne donnent pas.
Trois chiffres qui ne disent pas la même chose
Ipsos, pour la Fondation Apprentis d’Auteuil, annonçait 336 euros en mai, pour l’année 2025. C’est 8 % de moins qu’en 2024. Seuls 47 % des Français déclaraient un don financier, le plus bas depuis 2019.
À l’inverse, le baromètre de France générosités mesure les dons réellement collectés. Sur un panel de 55 organisations, il affiche +3,6 % en 2025.
Les trois chiffres ne mesurent pas la même chose. 204 euros et 336 euros sont des moyennes déclarées, sur des populations différentes. Appliqué aux 5,5 millions de foyers donateurs, le chiffre d’Odoxa donnerait 1,1 milliard d’euros. Les déclarations fiscales en comptent 3,641 milliards. L’écart est trop grand pour être une erreur : les deux chiffres ne parlent pas du même don.
La direction reste solide : Ipsos et Odoxa trouvent tous deux un recul. L’ampleur reste fragile. Aucun des deux instituts ne publie le montant des dons réellement reçus.
- Le don moyen déclaré tombe à 204 euros, 18 euros de moins qu’en 2025. 33 % des Français ont réduit, 86 % faute de moyens.
- 16 % ont eu recours à la solidarité dans l’année, et 28 % des moins de 35 ans. Ceux qui donnent le plus sont aussi ceux qui demandent le plus.
- Pour renforcer la solidarité, la confiance va aux citoyens (65 %) et aux associations (52 %), pas à l’État (13 %).
- Un don coûte 34 % de sa valeur au donateur, 25 % jusqu’à 2 000 euros pour l’aide alimentaire et le logement. Le reste est payé par l’impôt.
Les 18 euros ne sont pas le sujet. La générosité ne meurt pas : elle change de main. On donne à celui qu’on voit, pas à la machine qui redistribue. L’État a organisé la solidarité comme un guichet, et il recueille 13 % de confiance. Ce n’est pas de l’ingratitude. C’est un verdict.
Opinion de la maison, pas un fait.



