Le 31 octobre, la mairie de Dol-de-Bretagne ferme les préinscriptions de son achat groupé d’électricité et de gaz. Ouest-France annonçait 816 préinscrits le 25 octobre ; la plateforme de l’opération en affichait 717 le 26 octobre au matin. L’écart d’une centaine n’est expliqué nulle part.
Ce qui m’intéresse, c’est le mécanisme : une commune qui ne vend rien, ne paie rien et ne facture rien, et dont le nom garantit pourtant une négociation commerciale, avec 8 à 15 % promis. Le montage se multiplie dans le pays.
- La mairie prête son nom, pas son argent
- 8 à 15 %, c’est combien d’euros
- Ce qui se négocie, et ce qui ne se négocie pas
- Un intermédiaire qui ne dit pas comment il est payé
- Ce que cela pèse pour un territoire
- Ce qu’il faut regarder avant de s’inscrire
La mairie prête son nom, pas son argent
L’opération est portée par la ville, pilotée par la maire Charlotte Grégoire et son adjoint Arthur Da Silva, qui en est l’initiateur. Ecodigo a été retenu à l’unanimité, selon actu.fr. La municipalité ne perçoit aucune rémunération, et l’opération est ouverte au-delà de la commune, aux artisans et aux commerçants.
Ecodigo, entreprise privée de Dijon active depuis 2015, consultera une trentaine de fournisseurs puis adressera à chaque foyer une offre personnalisée, à prix fixe sur 2 ou 3 ans, sans engagement. Mise en concurrence début novembre, offres dès le 16 novembre, contrats jusqu’au 15 décembre.
8 à 15 %, c’est combien d’euros
Un foyer au tarif réglementé, 5 700 kWh par an, option base, 6 kVA : la part variable est de 19,40 centimes le kWh au 1er février 2026, barème de la CRE, portée à environ 19,9 centimes par la hausse de 2,5 % du 1er août. Avec 188,24 € d’abonnement, la facture annuelle tourne autour de 1 320 €. 8 % font 106 € ; 15 % font 198 €, soit 9 à 16 € par mois.
La hausse du 1er août représente, elle, environ 26 € par an pour un foyer de référence. L’achat groupé vaut donc 4 à 7 fois le mouvement de l’été. Ce n’est pas la fortune, et pour un foyer déjà sur une offre de marché plus basse, l’écart peut être nul.
Ce qui se négocie, et ce qui ne se négocie pas
Une facture n’est pas un prix unique : le tarif réglementé empile l’approvisionnement, l’acheminement, la commercialisation et la rémunération du fournisseur, puis l’accise (3,085 centimes le kWh), la contribution d’acheminement et 20 % de TVA. Les tarifs de réseau sont fixés par le régulateur, et non par le fournisseur : plus 3,04 % pour la distribution et 3,34 % pour le transport au 1er août, soit environ 1 % de facture.
Un fournisseur ne peut donc s’écarter que sur la part qui lui revient, laquelle suit les prix de gros depuis la fin de l’ARENH au 1er janvier 2026. Le vrai apport n’est pas la remise : c’est le prix fixe sur 2 ou 3 ans, qui protège d’une hausse. Et il fait faire le travail : 3 000 compteurs relus dans 36 communes ont révélé plus de 200 erreurs, pour 148 726 € récupérés.
Un intermédiaire qui ne dit pas comment il est payé
Le Médiateur national de l’énergie le dit : « derrière l’entité qui sert de garant moral, il y a généralement un prestataire technique », et « la plupart du temps, leurs conditions de rémunération ne sont pas précisées ».
C’est le cas ici : la préinscription est gratuite, la mairie ne perçoit rien, mais nulle part n’est écrit comment Ecodigo est rémunéré. Je n’y vois aucun indice de faute, car être payé par le fournisseur lauréat est un modèle courant. C’est une question à poser, parce que la main qui paie n’est jamais neutre.
Ce que cela pèse pour un territoire
Si la moitié des 816 préinscrits souscrit, soit 408 foyers, l’économie totale se situe entre 43 000 et 81 000 € par an pour la commune. Le dispositif n’est pas isolé : 568 préinscrits à La Madeleine en juin, plus de 620 foyers à Quetigny en mars. La vague est nationale, et elle dit une chose vraie : les gens ne savent plus lire leur facture. 9,3 millions de foyers ont vu leurs heures creuses déplacées sans choisir leur heure.
Ce qu’il faut regarder avant de s’inscrire
Trois vérifications, un quart d’heure. Comparer l’offre reçue à ce que vous payez, en séparant le prix du kWh de l’abonnement, pas la mensualité. Regarder la durée du prix fixe et ce qui se passe à l’échéance : le retour au marché peut coûter plus cher que la remise. Vérifier qui vous facturera et l’usage autorisé de vos données. Le comparateur du Médiateur national de l’énergie est public et gratuit.
Calcul de la rédaction d’après le barème de la CRE et la hausse de 2,5 % du 1er août 2026.
À retenir
- 816 préinscrits selon Ouest-France le 25 octobre, 717 affichés sur la plateforme le 26 : écart inexpliqué.
- Clôture le 31 octobre ; offres dès le 16 novembre ; contrats jusqu’au 15 décembre.
- 8 à 15 % de la facture, soit 106 à 198 € par an pour un foyer de 5 700 kWh au tarif réglementé.
- La commune ne perçoit rien ; la rémunération d’Ecodigo n’est pas publiée.
Notre lecture
L’achat groupé n’est pas une arnaque, et je ne le traite pas comme tel. C’est un déplacement : la commune, qui ne fixe plus rien de l’énergie, prête sa respectabilité à un courtier pour négocier la seule part de la facture qui se négocie encore. Ce qui se joue là n’est pas le prix de l’électricité, c’est la confiance, devenue la matière première du marché de l’énergie.
Gazole : 18 centimes promis, 7 déjà repris par le baril montre la même mécanique sur les carburants : une promesse, et un marché qui reprend ce qu’il vient de donner.



