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De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

À Saint-Malo, le robinet de 160 000 habitants pourrait être coupé le 10 décembre

Image éditoriale générée par IA, non documentaire : bassin d’eau potable à sec au pied des remparts de Saint-Malo, sol craquelé, barque échouée, robinet monumental réduit à un filet d’eau, femme de dos portant deux seaux, marina et lumières du quai dans un ciel de tempête.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Le 5 octobre, le syndicat d’eau du pays de Saint-Malo comptait 60 jours de réserve. Le 10 décembre, 66 jours plus tard, l’agglomération prévoit de couper le robinet de 160 000 habitants si la pluie ne tombe pas assez. Depuis, 2 tempêtes ont déversé 40 à 50 mm. La Bretagne reste au niveau maximal de crise sécheresse, la seule région de France dans ce cas.

  1. Une date qui ne doit rien au hasard
  2. Pourquoi la pluie ne remplit pas les nappes
  3. Les 447 captages abandonnés
  4. Le Rhum à 200 mètres du robinet
  5. Qui décide, et qui paiera
  6. Ce que j’en retiens

Une date qui ne doit rien au hasard

Jean-Francis Richeux, vice-président de Saint-Malo Agglomération, l’a dit à l’AFP le 22 octobre : des coupures sont prévues le 10 décembre pour les 160 000 habitants du pays, si la pluie ne tombe pas assez. Le 5 octobre, Ouest-France rapportait que le syndicat comptait « une soixantaine de jours ». 60 jours plus tard, on est le 4 décembre : la date tombe 6 jours après, l’écart s’expliquant par une demande en baisse de 6 %.

À 148 litres par personne et par jour, rappelle la préfecture d’Ille-et-Vilaine, 160 000 habitants consomment 23 680 mètres cubes par jour, et 1,42 million sur 60 jours. Une agglomération ne manque pas d’eau parce qu’un robinet goutte.

La réserve comptée le 5 octobre, et la date annoncée

Jours de réserve d’eau potable comptés début octobre 2026.

Pays de Saint-Malo : 60 jours de réserve comptés le 5 octobre, fin vers le 4 décembre Pays de Saint-Malo 60 jours Centre-Bretagne : 50 jours de réserve comptés le 5 octobre, fin vers le 24 novembre Centre-Bretagne 50 jours Coupure annoncée le 10 décembre, 66 jours après le 5 octobre 10 décembre : coupure annoncée 5 oct. 25 oct. 14 nov. 4 déc.

La réserve du pays de Saint-Malo court jusqu’au 4 décembre environ ; la coupure évoquée tombe 66 jours après le comptage. Sources : Ouest-France du 5 octobre 2026, AFP du 22 octobre 2026. Calcul de la maison.

Pourquoi la pluie ne remplit pas les nappes

Depuis le 21 octobre, la tempête Austen puis la dépression Boleo ont apporté « 40 à 50 mm sur une grande partie de la Bretagne, jusqu’à 60 à 80 mm au sud », selon Le Télégramme. Le maire de Brest, Stéphane Roudaut, le dit à l’AFP : « on est à deux doigts de la rupture ».

La cause est géologique. Les nappes bretonnes sont petites et se vident chaque année dans les ruisseaux, explique Alexandre Boisson, du BRGM. Fin septembre, 71 % des nappes étaient basses ou très basses, 81 % dans le Finistère, 83 % dans les Côtes-d’Armor ; au 5 octobre, 94 % étaient sous les normales. En Ille-et-Vilaine, 7 millimètres de pluie en septembre.

« La pluie tombée nous donne une respiration de 10 jours », dit Jacques Gouérou, président du syndicat mixte de l’Aulne. Le lac du Drennec, qui alimente 310 000 habitants, était à 33 % à la mi-octobre.

Les 447 captages abandonnés

L’autre moitié du problème est la ressource qu’on a cessé d’utiliser. Depuis 1970, 447 captages ont été abandonnés en Bretagne, plus d’un tiers pour mauvaise qualité de l’eau, selon l’Observatoire de l’environnement en Bretagne. Le syndicat mixte de l’Horn a obtenu une dérogation pour rouvrir un captage fermé depuis 2009 à cause de nitrates agricoles, « le plan ultime qu’on n’avait jamais déployé ». Pour Arnaud Clugery, d’Eau et Rivières de Bretagne, la région « s’est coupé d’un certain nombre de ses ressources ».

Le mécanisme se répète : on pollue un captage, on le ferme, on le remplace par une rivière, et le jour où la rivière baisse, il ne reste que le captage pollué. Ce n’est pas un procès aux agriculteurs, c’est un stock abandonné. Comme à Saint-Nazaire : on dépiste, et la dépollution attend.

Le Rhum à 200 mètres du robinet

Pendant ce temps, Saint-Malo accueille la Route du Rhum : village du 20 octobre au 1er novembre, 118 skippers, 1,5 million de visiteurs attendus par les professionnels du tourisme, qui répondent : « ne faisons pas de la Route du Rhum le bouc émissaire d’un problème structurel ». Les autorités chiffrent la course à « 1 jour et demi de consommation d’eau au mois d’août ».

Faisons le calcul : 1,5 jour à 148 litres pour 160 000 habitants, environ 35 500 mètres cubes, soit 2,5 % de la réserve comptée. En août, la consommation est plus haute : c’est un plancher. La course n’est pas la cause de la coupure. Mais la même agglomération annonce une coupure pour 160 000 habitants en décembre et sert 1,5 million de visiteurs en octobre. Le 25 octobre, une vingtaine de personnes ont manifesté sur la plage du Sillon.

Qui décide, et qui paiera

La décision n’appartient pas à ceux qui subiront la coupure. Le niveau de restriction est fixé par arrêté préfectoral : l’arrêté du 14 août 2026 place tout l’Ille-et-Vilaine en crise depuis le 15 août. 55 % des cours d’eau contrôlés étaient en assec ; du 1er au 10 août, 33 sites contrôlés, 12 procès-verbaux. Dans le Finistère, le préfet Louis Le Franc envisage le plan Orsec.

La distribution reste locale : l’agglomération couperait, sur une ressource qu’elle ne produit pas seule. L’État autorise ou interdit l’usage, la collectivité gère le réseau, et le client paie les travaux qu’on n’a pas faits. Ce n’est pas la première fois que l’eau potable passe après ce qui rapporte.

Ce que j’en retiens

La Bretagne compte ses jours d’eau potable. Ce n’est pas un paradoxe climatique, c’est une chaîne de décisions : des nappes qui se vident chaque année, des captages fermés plutôt que traités, des réseaux non interconnectés. Le 10 décembre est l’échéance d’un stock laissé filer en le sachant.

Ce qui me frappe, c’est le silence. Une coupure pour 160 000 habitants, annoncée 2 mois à l’avance, n’a produit ni débat public, ni plan d’urgence connu. Pontarlier tient avec un seul puits. Le jour où les robinets seront fermés, on découvrira que la collectivité avait prévenu.

Notre lecture

Une région qui coupe l’eau en décembre après 2 tempêtes en octobre ne manque pas de pluie : elle manque de réserves, de réseaux et de décisions prises à temps. Le 10 décembre est une date administrative, pas une catastrophe naturelle. La question n’est pas s’il pleuvra assez, mais qui a laissé la réserve descendre à 60 jours.

Opinion de la maison, pas un fait.

À retenir

  • 160 000 habitants du pays de Saint-Malo ; coupures évoquées au 10 décembre.
  • Réserve comptée à 60 jours le 5 octobre : 60 jours plus tard, on est le 4 décembre.
  • Les 2 tempêtes d’octobre valent 10 jours de respiration, pas une recharge.
  • 447 captages abandonnés en Bretagne depuis 1970, plus d’un tiers pour qualité de l’eau.
Et vous : accepteriez-vous une coupure d’eau programmée dans votre commune, si elle était annoncée 2 mois à l’avance ?

À observer : le reportage de France 3 Bretagne du 12 octobre 2026, antérieur à l’annonce du 22 octobre : le niveau des retenues et le mécanisme des coupures.

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