Pontarlier, 20 000 habitants, est alimentée par deux puits. Le 2 octobre, Champagne 3 a été fermé : son niveau avait atteint le seuil d’alerte. Il reste Champagne 2, 7 000 m³ de capacité par jour pour 4 500 consommés, soit 2 500 m³ de marge. Le 20 octobre, la préfecture a constaté une baisse de 500 m³ par jour et prévenu qu’un retour à la normale n’était pas à l’ordre du jour.
Le plan
- La marge, et ce qu’elle ne dit pas
- Un puits fermé, un secours qui s’épuise
- Ce que l’arrêté interdit vraiment
- Qui décide de couper l’eau
La marge, et ce qu’elle ne dit pas
7 000 m³, c’est la capacité de Champagne 2 selon la page de crise de la communauté de communes ; 4 500 m³, la consommation quotidienne de la ville. Rapporté aux 20 000 habitants, cela fait 225 litres par personne et par jour, tous usages collectifs compris, contre 150 litres pour les usages domestiques.
Les 2 500 m³ restants ne sont pas une réserve : c’est un écart entre deux chiffres, et le second dépend de la nappe. Le puits peut produire 7 000 m³, encore faut-il que la nappe lui en donne 7 000. La contrainte est sous terre, et elle n’est pas locale : 66 % des nappes étaient sous les normales au 1er octobre.
Un puits fermé, un secours qui s’épuise
La communauté de communes compte 8 puits pour 10 communes et gère depuis 2022 production, transport et distribution (L’Ouest Républicain). Pour Pontarlier, deux puits suffisaient. Il en reste un.
Sur le secteur de Dommartin, la consommation est passée de 2 500 à 4 000 m³ par jour, 40 % de hausse, « notamment en raison de besoins agricoles accrus ». Un secteur agricole consomme presque autant que la ville entière.
Le lac de Saint-Point, prévu comme secours, deviendra inexploitable. Déficit pluviométrique depuis mars : 2 mois et demi de pluie manquants, 250 mm.
Ce que l’arrêté interdit vraiment
Le Doubs est au niveau crise sur ses 4 zones d’alerte depuis l’arrêté du 17 juillet 2026. Le 2 octobre, un arrêté complémentaire l’a prolongé de 2 mois, le jour même où Champagne 3 fermait.
Le tableau annexé interdit l’arrosage des pelouses, le remplissage des piscines privées de plus de 1 m³, le lavage des voitures, les fontaines d’ornement. Les potagers restent arrosables entre 18 h et 9 h. Les industries consommant plus de 7 000 m³ par an doivent réduire de 20 %. L’infraction est une contravention de 5e classe, 1 500 euros.
Il ne coupe pas l’eau des habitants : la ligne « alimentation en eau potable des populations » porte la mention « pas de limitation, sauf arrêté spécifique ». Une coupure exigerait un acte propre, pas le simple effet du niveau crise.
Une ligne du tableau : les greens de golf peuvent recevoir jusqu’à 350 m³ par semaine et par tranche de 9 trous, avec 80 % de réduction. La piscine municipale consommait 35 m³ par jour, soit 245 m³ par semaine, et elle est fermée (TF1). Le même document établit une hiérarchie, et cette hiérarchie est une décision.
Capacités et consommations d’eau déclarées, en m³ par jour (survoler les barres)
Les nappes phréatiques françaises continuent de se vider (Europe 1, 12 août 2026). Vidéo de contexte, antérieure au dossier.
Qui décide de couper l’eau
Le préfet fixe le niveau des 4 zones. L’intercommunalité produit et distribue. La mairie ferme sa piscine, une première en 60 ans, et supprime 25 créneaux, scolaires, pompiers et soignants compris. Les habitants ont réduit de 500 m³ par jour.
Personne ne décide seul, personne ne répond de l’ensemble : la nappe ignore les limites communales, le seuil est départemental, le réseau intercommunal, l’usage domestique. La même mécanique se répète à Saint-Malo comme dans le Finistère.
Notre lecture
Opinion de la maison, pas un fait. Le sujet cesse ici d’être météorologique : il ne s’agit pas de savoir s’il pleuvra assez, mais qui arbitre entre des usages quand l’eau manque. Un potager arrosé la nuit, un green à 350 m³ par semaine, une piscine fermée, un secteur agricole à 4 000 m³ par jour : ce n’est pas la nature qui a classé ces usages, c’est un tableau administratif. La sécheresse révèle la hiérarchie, elle ne la crée pas.
La nappe de l’Arlier est un bien commun local, mesuré par des piézomètres, exploité par une intercommunalité, arbitré par un préfet. Les habitants paient le réseau, subissent la restriction, entendent parler de coupures qu’aucun arrêté n’a ordonnées.
La réponse n’est pas un puits de plus : elle est de savoir si un territoire peut décider de ce qu’il refuse de consommer quand la ressource baisse, ou s’il attendra que le seuil soit franchi pour que l’administration tranche.
Ce qui n’est pas établi
Les 5 semaines de marge annoncées ne reposent sur aucune note technique publique. Les consommations diffèrent selon la source, 4 500 m³ pour l’intercommunalité, 4 000 m³ en moyenne pour la préfecture, La pluie depuis le 21 octobre a amélioré la situation sans recharger les nappes. Aucune date de réouverture, aucune coupure décidée à ce jour.
À retenir
- 7 000 m³ de capacité pour 4 500 m³ consommés : 2 500 m³ de marge depuis la fermeture de Champagne 3, le 2 octobre.
- L’arrêté de crise du 17 juillet a été prolongé de 2 mois : il interdit l’arrosage, les piscines privées et le lavage des voitures, mais pas l’eau potable des habitants.
- Dommartin est passé de 2 500 à 4 000 m³ par jour : 40 % de hausse, presque la ville entière.
Et vous ? Savez-vous de quel puits, de quelle nappe vient l’eau de votre robinet, et qui déciderait de la couper ?



