À 15 heures ce vendredi, Emmanuel Macron reçoit à l’Élysée des lycéens et des représentants d’organisations lycéennes. Premier rendez-vous depuis le blocage du lycée Saint-Exupéry de Créteil, le 18 septembre, qui a ouvert le mouvement. La présidence veut « écouter leurs revendications et inquiétudes ». Elle ne promet rien : les décisions seront présentées lundi par le ministre.
Le plan
- Ce que l’Élysée reçoit, et ce qu’il ne décide pas
- Deux chiffres qui ne se contredisent pas : 53 % et 96,1 %
- Ce que les lycéens demandent depuis 5 semaines
- La même semaine, les préfets interdisent
- Ce que cela change pour vous
Ce que l’Élysée reçoit, et ce qu’il ne décide pas
L’annonce a été faite jeudi. Seront présents des membres des « principales associations qui portent la parole des lycéens, dans la diversité de leurs points de vue » et des conseils académiques de la vie lycéenne. Le chef de l’État ne convoque pas un interlocuteur unique : il reçoit un éventail de points de vue, encadré par des instances consultatives. Mercredi, à Matignon, les fédérations syndicales avaient été reçues sur les salaires et les cortèges ; les lycéens n’étaient pas conviés, comme nous l’avons raconté ici.
Le contenu n’est pas là. Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, a annoncé pour lundi une rencontre avec les organisations lycéennes, pour présenter « une première série de décisions ». Le rendez-vous est un acte politique : il reconnaît que le blocage a duré, sans engager un euro. La date est justifiée par la fin de la consultation lycéenne : on reçoit quand elle se referme, pas quand les lycées se bloquent.
Deux chiffres qui ne se contredisent pas : 53 % et 96,1 %
Le 7 septembre, le SNES-FSU publie son enquête de rentrée : 1 033 établissements interrogés du 31 août au 4 septembre. Il manquait au moins un professeur dans 53 % des collèges et lycées publics, et au moins un personnel dans 69 %, contre 73 % un an plus tôt, selon l’enquête. Le ministère annonce de son côté 96,1 % de postes pourvus dans le second degré.
Ces deux chiffres ne se contredisent pas : ils ne comptent pas la même chose. 96,1 % de postes pourvus laissent 3,9 % de postes sans titulaire. Or un établissement compte des dizaines d’enseignants, et un seul trou suffit pour qu’une classe reste sans professeur. Avec 30 postes, la probabilité qu’au moins un soit vacant atteint 69,7 % ; à 40 postes, 79,6 %. Les deux chiffres décrivent le même système à deux échelles.
Ce que le ministère mesure est un stock de postes. Ce qu’un élève vit est une classe sans professeur pendant des semaines : un poste non pourvu à la rentrée ne se comble pas en quelques jours.
Un trou dans un établissement sur deux, 7 sur 10 à Versailles
Part des collèges et lycées publics où il manquait au moins un professeur au 4 septembre 2026.
La dispersion est le vrai sujet. Un lycéen de Versailles a près de 3 fois plus de chances d’avoir un trou qu’un lycéen d’Amiens. Le même bac, les mêmes programmes, et des conditions d’enseignement qui n’ont rien à voir selon le département où l’on est né.
Ce que les lycéens demandent depuis 5 semaines
Le mouvement est né le 18 septembre à Créteil, sur les remplacements non assurés. Selon le ministère, 338 établissements étaient concernés le 29 septembre, dont 45 bloqués, et 564 étaient perturbés le 2 octobre, jour de 1 747 interpellations contre 1 954 la veille, selon le préfet de police, rapporté par Le Monde.
Louis Letoublon, vice-président des Lycéens !, cite sur franceinfo l’abrogation de Parcoursup, des places à l’université, les rythmes scolaires et la rénovation du bâti, avant d’ajouter : « On n’attend pas grand-chose. » Sur Parcoursup, 91,5 % des candidats ont reçu une proposition en 2026, mais 56 000 lycéens aucune, documenté ici. Sur le bâti, 4 établissements sur 5 n’ont rien prévu pour la chaleur. Sur l’inclusion, il manquait une AESH dans 17 % des établissements, dossier suivi ici.
La même semaine, les préfets interdisent
La semaine a surtout été celle des arrêtés. À Paris, un seul des deux parcours demandés pour samedi est autorisé ; Lyon, Nice, Rouen et Toulon interdisent tout ou partie des rassemblements. Dans la Sarthe, les manifestations sont interdites dans le centre-ville du Mans jusqu’au 27 octobre, avec couvre-feu pour les mineurs non accompagnés samedi soir au Mans, à Allonnes et à Coulaines, ville par ville ici.
Ce n’est pas une contradiction juridique : chaque préfet agit dans son pouvoir de police, et un juge peut suspendre son arrêté, comme le 22 octobre pour une manifestation étudiante à Paris, raconté ici. C’est une contradiction politique, et elle est assumée : le même État ouvre une porte à ceux qu’il reçoit et ferme la rue à ceux qui marchent.
Ce que cela change pour vous
Élève ou parent : la question n’est pas le taux national, c’est votre académie. Un poste vacant en septembre ne se comble pas en octobre. Demandez la liste des remplacements non assurés : elle existe, elle n’est pas publiée par défaut.
Élève handicapé : une AESH manquante dans 17 % des établissements, c’est une notification sans personne en face.
Contribuable : le ministère vante des concours qui ont « fait le plein ». Le SNES rappelle que 446 postes ont été perdus au CAPES externe, dont 240 en mathématiques, et que la session 2026 additionne deux concours. Recruter ne dit rien de ce qu’on recrute, ni où.
Notre lecture
Le rendez-vous ne réglera rien s’il ne porte pas sur les postes réellement pourvus devant une classe, académie par académie. Une réunion sans postes est une photographie. Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir
- 53 % des collèges et lycées manquaient d’au moins un professeur à la rentrée ; le ministère annonce 96,1 % de postes pourvus, et les deux chiffres sont compatibles.
- Les décisions seront annoncées lundi par le ministre, pas à l’Élysée.
Ce qu’il faut y observer : cette vidéo d’agence date du 13 octobre, avant le rendez-vous de l’Élysée et avant les arrêtés de cette semaine. Elle montre un cortège lycéen à Paris, pas la réunion de cet après-midi.



