Le 1er janvier 2027, les véhicules Crit’Air 3 devaient être interdits dans l’Eurométropole de Strasbourg. L’exécutif a annoncé le 8 octobre un report d’un an, au 1er janvier 2028, après deux mois de consultation et un arrêté attendu avant la fin de 2026. Les propriétaires de ces voitures gagnent douze mois. Les habitants exposés au dioxyde d’azote aussi, mais pour eux, ce n’est pas une bonne nouvelle.
- Ce que la collectivité a décidé
- Une interdiction très peu contrôlée
- Ce que les aides peuvent réellement couvrir
- Le calendrier se referme sur les Crit’Air 2
- Ce que l’air et la loi disent
Ce que la collectivité a décidé
La décision a été annoncée le 8 octobre par la présidente de l’Eurométropole, puis présentée au conseil le 9. Motif : des « difficultés techniques, sociales et économiques », et le refus d’« ajouter la crise sociale à la crise écologique » (communiqué de l’Eurométropole). La consultation, ouverte aux communes voisines, au monde économique et au public, doit précéder l’arrêté qui modifiera le calendrier avant le 31 décembre 2026.
La collectivité compte 39 000 véhicules Crit’Air 3 et 11 000 Crit’Air 4, 5 ou non classés qui devraient déjà être interdits et circulent encore grâce aux dérogations. DNA avance 40 000 Crit’Air 3, 14 % du parc, contre environ 60 000 en 2022. La ZFE s’applique depuis 2022.
Une interdiction très peu contrôlée
Le communiqué le reconnaît : « les interdictions de circulation demeurent extrêmement théoriques ». Les contrôles relèvent de la police nationale et des polices municipales, avant un contrôle automatisé par lecture des plaques ; aucune amende n’est infligée pendant la phase pédagogique d’un an qui précède chaque interdiction (page ZFE).
Le premier vice-président de l’Eurométropole précise l’ordre de grandeur : depuis 2022, « il n’y a eu que trois verbalisations », et il pointe « une absence de contrôle de l’État » (Rue89 Strasbourg, 8 octobre). Je n’ai trouvé ni autre chiffre ni démenti : aucun bilan des contrôles n’est publié. À ce rythme, l’interdiction changerait peu à la circulation, beaucoup à ceux qui doivent changer de voiture.
À observer : reportage de France 3 Grand Est mis en ligne le 13 octobre 2026, après l’annonce du report. Il montre les véhicules concernés et l’argument de la collectivité, pas les contrôles.
Ce que les aides peuvent réellement couvrir
Le report est justifié par la justice sociale. Les aides existent : jusqu’à 4 000 euros pour un revenu fiscal de référence par part inférieur à 7 500 euros, 3 000 jusqu’à 16 300, 2 000 jusqu’à 26 200, pour un véhicule Crit’Air 1 ou 0, après mise à la casse d’un véhicule interdit et un conseil en mobilité obligatoire (Eurométropole).
L’arithmétique, ensuite. Sur 50 millions d’euros annoncés, 35 étaient fléchés vers la transition ; 25 millions ont été versés pour environ 7 000 aides, 10 millions restent (Rue89). Soit 3 570 euros par aide en moyenne, et de quoi financer au mieux 2 500 aides au plafond, quand 50 000 véhicules restent à changer (calcul de la rédaction). Le report ne comble pas l’écart : il le constate.
Le calendrier se referme sur les Crit’Air 2
Près de 100 000 véhicules Crit’Air 2 circulent encore. Ils devaient être interdits au 1er janvier 2028 à Strasbourg, Schiltigheim, Ostwald et Holtzheim ; l’exécutif envisage de revenir sur cette échéance, et une réflexion est lancée pour abroger cette interdiction (Rue89).
Or chaque nouvelle interdiction est précédée d’une phase pédagogique d’un an. Si les Crit’Air 3 n’arrivent qu’au 1er janvier 2028, l’étape suivante ne peut pas s’appliquer la même année : 2029 au plus tôt, ou jamais (calcul de la rédaction). Ce n’est plus un report, c’est une échelle dont on retire les barreaux.
Les 150 000 véhicules que la ZFE doit faire changer
Véhicules en circulation dans l’Eurométropole, par vignette. Sources : Eurométropole et Rue89 Strasbourg, 8 octobre 2026.
Ce que l’air et la loi disent
L’exécutif observe que la pollution est repassée sous les seuils réglementaires depuis deux ans (DNA). C’est vrai face à la limite annuelle actuelle du dioxyde d’azote, 40 microgrammes par mètre cube. La directive européenne 2024/2881 la divise par deux au 1er janvier 2030, à 20 microgrammes. Dans quatre ans.
En 2025, le transport routier représentait 44 % des 2 400 tonnes d’oxydes d’azote émises dans l’air strasbourgeois, et plus de 22 000 habitants dépassaient encore les normes européennes (Atmo Grand Est, via actu.fr, 22 octobre). Le trafic reste la première source d’oxydes d’azote de la région (bilan Atmo 2025), et l’air urbain porte encore des polluants sans limite légale (notre article du 19 octobre).
La loi ne commande pas ce report. La loi de simplification du 15 avril 2026 supprimait l’obligation de créer des ZFE ; le Conseil constitutionnel a censuré son article 37 le 21 mai 2026, cavalier législatif contraire à l’article 45 (décision 2026-903 DC). Les ZFE restent en droit. Strasbourg ne subit aucune contrainte : elle choisit de reculer.
Ce choix a des précédents. La garantie émeutes votée en février 2026 n’est toujours pas en vigueur (notre article du 21 octobre), et 7,2 milliards d’euros n’ont rendu que 2 points de ponctualité aux trains franciliens (notre article du 22 octobre). Une règle votée, jamais appliquée, finit par ne plus être une règle.
Le report est présenté comme un geste social. Il bénéficie à 39 000 véhicules et il est payé par 22 000 habitants exposés, qui n’ont pas de vignette à changer. Une ZFE sans contrôle n’est pas une politique, c’est un panneau. Le choix honnête n’est pas de repousser une troisième fois : c’est de dire si l’on garde la ZFE et qu’on l’applique, ou si on la supprime.
- L’interdiction des Crit’Air 3 à Strasbourg est repoussée au 1er janvier 2028, par un arrêté attendu avant le 31 décembre 2026.
- 39 000 véhicules Crit’Air 3 et 11 000 véhicules déjà interdits en principe y circulent encore.
- Trois verbalisations depuis 2022 selon le premier vice-président ; la collectivité reconnaît des interdictions « extrêmement théoriques ».
- 25 millions d’euros d’aides versés pour environ 7 000 ménages, 10 millions restants, 50 000 véhicules à changer.
Et vous : préférez-vous une ZFE appliquée, avec des aides à la hauteur, ou une ZFE affichée que personne ne contrôle ?



