Au 23 septembre 2026, selon le dernier bilan du ministère de la Transition écologique, 81 300 personnes vivant en France métropolitaine dépendaient d’un approvisionnement en camion-citerne ou en bouteilles d’eau pour boire, se laver ou cuisiner, soit près de 20 000 de plus qu’au début du mois. À la même date, environ un litre d’eau potable sur cinq n’arrivait pas au robinet, selon l’Observatoire national des services d’eau et d’assainissement. La sécheresse de 2026 ne révèle donc pas seulement un manque de pluie : elle met en lumière un réseau vieillissant, que l’État dit vouloir financer sans en avoir encore fixé les moyens.
Ce que dit le bilan du ministère
Le chiffre a été révélé le mercredi 30 septembre par Radio France, à partir du dernier point de situation du ministère de la Transition écologique, arrêté au 23 septembre. En France métropolitaine, 81 300 personnes dépendent aujourd’hui d’un approvisionnement en camion-citerne ou en bouteilles d’eau pour leurs usages vitaux : boire, se laver, cuisiner. Le 9 septembre, elles étaient 64 000, soit 17 300 de moins en deux semaines.
Le même bilan dessine un phénomène plus large que les seules coupures. 1,28 million de personnes vivent dans des territoires où le réseau d’eau potable présente un risque réel de rupture, et 6,22 millions dans des zones où ce réseau montre des signes de fragilité. Selon le site public VigiEau, 78 départements restent placés au niveau « crise », le plus élevé, et la quasi-totalité de l’Hexagone fait l’objet de restrictions d’usage de l’eau.
Les territoires concernés ne se limitent pas aux zones habituellement sèches : la Creuse, la Bretagne, les Vosges, le Jura, le Haut-Rhin, la Meurthe-et-Moselle ou l’Isère figurent parmi les départements cités, aux côtés de communes des Alpes et du Sud-Est.
Des villages ravitaillés à la citerne
Dans la Meuse, les villages de Lemmes, Osches et Vadelaincourt, soit environ 380 habitants, ne peuvent plus puiser dans une nappe phréatique à sec. Des camions-citernes y acheminent l’eau chaque jour, pour un coût de 700 euros de transport quotidiens, explique Hervé Corvisier, président du syndicat des eaux, au micro de France Inter : « On remplit le château d’eau et on tient à peu près deux jours en ce moment. » Selon lui, la situation est inédite : « Depuis début avril, on n’a rien eu en précipitations, même pas un orage. »
D’autres communes sont passées par les mêmes expédients cet été. En Alsace, Sainte-Marie-aux-Mines a été alimentée par citerne pour la première fois de son histoire ; dans le Jura, Clairvaux-les-Lacs a vu ses deux sources tarir ; dans les Vosges, Gérardmer a mobilisé son lac comme solution de secours. Ces situations restent minoritaires à l’échelle du pays, où la grande majorité des foyers est toujours alimentée normalement.
Un réseau qui perd un litre sur cinq
La tension ne vient pas seulement du ciel. En France, le rendement moyen des réseaux de distribution d’eau potable s’établit autour de 80 % : autrement dit, près d’un litre sur cinq est perdu avant d’atteindre le robinet, principalement par des fuites, selon l’Observatoire national des services d’eau et d’assainissement (SISPEA), dont les données sont publiées par l’Office français de la biodiversité. Le réseau métropolitain représente environ 875 000 kilomètres de canalisations, dont une large part a été posée après les années 1970 et approche donc de sa fin de vie, et son rythme de renouvellement reste inférieur à 1 % par an.
Le coût de ces pertes est double : l’eau perdue a été prélevée, traitée et mise en pression pour rien, et elle manque là où la ressource se raréfie. En 2022, une précédente sécheresse majeure avait été évaluée à environ 5,6 milliards d’euros de dommages économiques, selon les estimations alors publiées. La comparaison donne la mesure de l’enjeu, sans préjuger du coût de l’épisode actuel.
Une sécheresse record, et un État qui annonce
Le contexte est celui d’une sécheresse historique. Selon Météo-France, jamais un mois de septembre n’avait été aussi sec en France, avec un indicateur d’humidité des sols à un niveau record pour cette période, et une seule journée de pluie à l’échelle nationale depuis le 1er septembre. Au 15 septembre, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), 61 % des nappes phréatiques se situaient sous leurs moyennes mensuelles, et 81 % étaient en baisse par rapport au début du mois.
Face à cette situation, l’exécutif met en avant deux leviers. Le Gouvernement a décidé de proroger le déplafonnement des agences de l’eau, à hauteur de 100 millions d’euros, afin d’aider les collectivités à financer études et travaux sur les réseaux d’eau potable. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a par ailleurs chargé la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, de renforcer le plan national d’adaptation au changement climatique, assorti d’un plan d’investissements sur cinq ans, dont les conclusions étaient attendues pour la fin septembre.
Ces annonces restent, à ce stade, des orientations : les montants affectés à la sécurisation des réseaux et à leur renouvellement ne sont pas arrêtés au niveau que les besoins estimés impliqueraient. Les pluies fortes de l’épisode cévenol du 30 septembre ont apporté un répit local, mais elles ne rechargent pas les nappes en profondeur et ne concernent qu’une partie du territoire.
À retenir
- Au 23 septembre 2026, 81 300 personnes en France métropolitaine dépendent d’un approvisionnement en camion-citerne ou en bouteilles d’eau pour boire, se laver ou cuisiner, contre 64 000 le 9 septembre.
- Selon le ministère de la Transition écologique, 1,28 million de personnes vivent dans des zones où le réseau risque de rompre et 6,22 millions dans des zones fragiles ; 78 départements restent en niveau « crise ».
- En moyenne, près d’un litre d’eau potable sur cinq se perd dans les réseaux avant d’atteindre le robinet (SISPEA) ; le réseau métropolitain approche 875 000 kilomètres et se renouvelle à moins de 1 % par an.
- La sécheresse de septembre 2026 est la plus sèche jamais mesurée selon Météo-France ; 61 % des nappes étaient sous les normales au 15 septembre selon le BRGM.
- L’État proroge le déplafonnement des agences de l’eau (100 millions d’euros) et annonce un plan national d’adaptation, sans avoir encore fixé les moyens de la sécurisation des réseaux.
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Question aux lecteurs
La sécheresse prive des dizaines de milliers de Français d’un accès normal à l’eau du robinet, et près d’un litre d’eau potable sur cinq se perd dans les réseaux. À quelle priorité l’action publique devrait-elle selon vous s’attacher en premier ?
Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non l’opinion de la population française.
Pour aller plus loin
- « À cause de la sécheresse, 81 300 personnes dépendent d’un approvisionnement d’eau en camion-citerne ou en bouteilles » (franceinfo, Radio France, 30 septembre 2026)
- Tout savoir sur la sécheresse (ministère de la Transition écologique)
- VigiEau : carte des arrêtés de restriction d’eau (Gouvernement)
- Rendement du réseau de distribution d’eau potable (Observatoire national des services d’eau et d’assainissement, eaufrance.fr)
- « Restrictions d’eau, nappes phréatiques : ces chiffres qui montrent que la sécheresse se poursuit » (L’Alsace)
Méthode : faits tirés du dernier bilan du ministère de la Transition écologique arrêté au 23 septembre 2026 (chiffre de 81 300 personnes révélé le 30 septembre par Radio France), du site public VigiEau, des données de l’Observatoire national des services d’eau et d’assainissement (SISPEA, eaufrance.fr), de Météo-France pour le caractère record du mois de septembre et du BRGM pour l’état des nappes au 15 septembre. Les reprises ont été vérifiées auprès de trois origines éditoriales distinctes (franceinfo / Radio France, La Dépêche du Midi, L’Alsace) et d’un titre indépendant (Reporterre). Réserve : le chiffre de 81 300 est un bilan administratif daté, non un comptage individuel, et il recouvre des situations hétérogènes (interconnexions de réseaux, coupures nocturnes, sources privées). Il ne doit pas être confondu avec la crise structurelle de l’eau en Guadeloupe, qui relève de causes et de chiffres distincts. Le lien entre sécheresse et ruptures d’alimentation est documenté, mais le vieillissement des réseaux et les prélèvements y contribuent également ; la grande majorité des foyers métropolitains reste alimentée normalement.



