Le 18 septembre, à 96 ans, Warren Buffett a quitté la présidence de Berkshire Hathaway pour devenir « chairman emeritus ». Son fils aîné Howard, agriculteur et philanthrope, devient président non exécutif ; Greg Abel reste aux commandes. La transmission d’un empire de 1 100 milliards de dollars pose une question rare : celle de la continuité d’une institution privée, partagée entre le pouvoir de gestion et la transmission familiale.
Une sortie préparée de longue date
Le communiqué de Berkshire Hathaway, publié vendredi avant l’ouverture des marchés américains, clôt une transition engagée depuis des années. Warren Buffett, aux manettes depuis 1965, avait déjà quitté la direction générale (CEO) début 2026 au profit de son bras droit Greg Abel, 64 ans. Il abandonne désormais la présidence du conseil, neuf mois plus tard, mais reste administrateur.
Dans sa lettre aux actionnaires, le ton est à la sobriété, sans adieu : « Father Time always wins » (« le temps finit toujours par gagner »), écrit-il, tout en ajoutant qu’il n’a « jamais été plus confiant » dans l’avenir du groupe. Sous sa direction, la valeur de l’action Berkshire a progressé d’environ 19,7 % par an entre 1965 et 2025, contre 10,5 % pour l’indice S&P 500.
Howard, gardien d’une culture, pas d’un bilan
Le choix du successeur surprend par son profil. Howard Buffett, 71 ans, administrateur depuis 1993, n’a jamais dirigé le groupe : il est agriculteur, a été shérif, et préside la fondation familiale consacrée à la sécurité alimentaire mondiale. Son rôle de président est non exécutif : il ne gérera ni les opérations, ni les comptes.
Sa mission, définie par Greg Abel lui-même, est d’une autre nature : « La culture que Warren a bâtie et les valeurs qu’il a défendues resteront au cœur de Berkshire, et Howard en sera le gardien. » La transmission distingue donc deux choses que l’on confond souvent : le pouvoir de gestion, qui revient à l’opérationnel, et la continuité de l’institution, confiée à la famille. C’est une forme de transmission patrimoniale qui ne se réduit ni à un népotisme, ni à un simple changement de dirigeant.
La question que l’empire laisse ouverte : le cash
Berkshire n’est pas seulement un conglomérat (assurances Geico, chemin de fer BNSF, Dairy Queen, et des centaines de milliards de dollars d’actions Apple, Alphabet, Coca-Cola). C’est aussi une trésorerie record : environ 365 milliards de dollars fin juin 2026, après un pic à 397 milliards fin mars.
Depuis son arrivée, Greg Abel a déjà commencé à l’employer : 16,8 milliards de dollars dépensés en deux jours pour racheter le promoteur immobilier Taylor Morrison et renforcer la participation dans Alphabet. La vraie transition ne se joue donc pas dans la salle du conseil, mais dans l’allocation de cette montagne de liquidités — là où s’exercera, concrètement, le pouvoir de gestion qui revient à Abel.
À retenir
- Warren Buffett quitte la présidence de Berkshire Hathaway et devient « chairman emeritus », tout en restant administrateur.
- Son fils Howard devient président non exécutif, chargé de « garder la culture » ; Greg Abel reste directeur général.
- La transmission sépare le pouvoir de gestion (Abel) de la continuité familiale (Howard) : une transmission patrimoniale qui ne se confond pas avec un népotisme.
- Berkshire détient une trésorerie record (≈ 365 Md$ fin juin) ; l’arbitrage de son allocation sera le vrai test d’Abel.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- La passation de pouvoir — Nikkei (reprise Reuters)
- Le départ de Buffett, vu par Reuters
- L’analyse de la succession — Quartz
Les faits sont ceux du communiqué de Berkshire Hathaway et de la lettre de Warren Buffett aux actionnaires, tels que rapportés par Reuters et la presse économique.



