Sur 100 euros de richesse produite en France en 2025, 46 sont partis en impôts et cotisations. C’est le taux le plus élevé de l’Union européenne, selon les données publiées par Eurostat le mercredi 28 octobre. En 2024, la France était derrière le Danemark et la Belgique. Elle repasse devant.
Le même jour, l’Insee donne un autre chiffre pour la même année : 43,6 %. Les deux sont exacts. Ils ne mesurent pas la même chose. Et aucun des deux ne dit qui paie, ni ce que l’argent achète.
- Que dit le classement d’Eurostat ?
- Pourquoi 46 % ici et 43,6 % à l’Insee ?
- Que paient vraiment les 1 305 milliards ?
- Pourquoi la France emprunte-t-elle encore ?
- Un taux dit-il qui paie ?
- Notre lecture.
Que dit le classement d’Eurostat ?
Eurostat est l’office statistique de l’Union européenne. Il a mis en ligne ses données fiscales de 2025 le 28 octobre (tableau Eurostat). La France y affiche 46 % du PIB en impôts et cotisations. C’est presque 1 point de plus qu’en 2024, selon Les Échos du 28 octobre.
L’an dernier, le Danemark était à 45,5 %. La Belgique à 45,2 %, la France à 45,1 % (Le Figaro du 28 octobre).
Ce taux rapporte ce que l’État, les collectivités et la Sécurité sociale encaissent à ce que le pays produit. Un taux élevé ne signifie pas un impôt sur le revenu élevé. Il signifie que beaucoup d’argent passe par la puissance publique avant de revenir aux ménages, en retraites, en soins et en écoles.
Pourquoi 46 % ici et 43,6 % à l’Insee ?
L’Insee calcule 43,6 % du PIB pour 2025, soit 1 305,1 milliards d’euros (série de l’Insee). L’écart avec Eurostat vient d’une ligne de calcul : l’Insee retire du montant encaissé les crédits d’impôt, Eurostat ne les retire pas.
Un crédit d’impôt, c’est une somme que l’État rend au contribuable après l’avoir prélevée. Pour l’isolation d’un logement, par exemple. L’Insee compte ce qui reste, Eurostat compte ce qui entre.
L’écart vaut 2,4 points de PIB. À l’échelle du pays, cela représente environ 72 milliards d’euros (calcul de la rédaction). C’est l’ordre de grandeur de ce que l’État prélève puis restitue.
Que paient vraiment les 1 305 milliards ?
Le mot « impôt » recouvre des prélèvements très différents. En 2024, les cotisations sociales ont rapporté 428 milliards d’euros. Elles représentent 34,2 % de l’ensemble des prélèvements (FIPECO, fiche sur les cotisations sociales). Elles financent les retraites, l’assurance maladie, les allocations familiales et l’assurance chômage.
La même année, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), payée sur chaque achat, a rapporté 206,3 milliards. L’impôt sur le revenu, celui que l’on imagine être « l’impôt », en a rapporté 96,2 milliards. L’impôt sur les sociétés, payé par les entreprises, 68 milliards (tableau de l’Insee).
Autrement dit : les cotisations sociales pèsent plus lourd que la TVA et l’impôt sur le revenu réunis. Et la TVA rapporte deux fois plus que l’impôt sur le revenu.
Les niches fiscales complètent le tableau. Ces exonérations valaient 88,3 milliards d’euros en 2026, et le budget 2027 n’en récupère que 4 (notre article du 4 octobre).
Pourquoi la France emprunte-t-elle encore ?
Avec 1 305 milliards prélevés, l’État dépense plus qu’il n’encaisse. Le déficit public a atteint 5,1 % du PIB en 2025, et la dette 115,6 % du PIB (Insee, 27 mars 2026). Le manque représente environ 153 milliards d’euros (calcul de la rédaction).
Le taux est remonté parce que les recettes ont augmenté. Les recettes publiques ont progressé de 3,9 % en 2025, contre 2,0 % pour la production (Insee, comptes publics 2025). Le Monde l’écrit autrement : le déficit a reculé de 0,7 point, « du fait de la hausse des impôts » (Le Monde, 27 mars 2026).
Le taux est descendu jusqu’en 2024, puis il est remonté
Part du PIB prélevée en impôts et cotisations, France, en %. Source : Insee, comptes nationaux, net des crédits d’impôt.
44,6 %
44,6 % du PIB prélevé en 2014.
45,3 %
45,3 % en 2017, le point le plus haut de la période.
45,0 %
45,0 % en 2022, avant la fin des baisses d’impôts décidées après 2017.
42,7 %
42,7 % en 2024, le point le plus bas depuis 2010.
43,6 %
43,6 % en 2025 : 0,9 point de plus qu’en 2024, selon l’Insee.
La suite est politique. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s’est engagé à un budget 2027 sans « hausse » ni « création » d’impôts (Le Figaro). Or la surtaxe sur les grandes entreprises, effacée par 2 voix, doit revenir sans vote (notre article du 28 octobre). Et le déficit ne reculerait que de 0,4 point malgré les 54 milliards annoncés (notre article du 1er octobre).
Un taux dit-il qui paie ?
Non. Un taux global ne dit pas qui supporte l’effort. Les cotisations sont proportionnelles au salaire, et s’arrêtent pour l’essentiel à 3 925 euros par mois (FIPECO). La TVA frappe ce que l’on consomme, quel que soit le revenu. L’impôt sur le revenu est progressif, mais il pèse peu dans le total.
La comparaison européenne a la même limite. Elle compare des taux, pas des répartitions.
Notre lecture. Opinion de la maison, pas un fait.
Le classement sera brandi comme une preuve : la France est trop taxée. C’est vrai, et c’est incomplet. Sur 100 euros prélevés, 34 viennent des cotisations sociales et moins de 8 de l’impôt sur le revenu. Le débat sur « trop d’impôts » porte sur la plus petite part. La vraie question n’est pas le taux, mais ce que 1 305 milliards achètent, et qui les paie.
À retenir
- La France affiche 46 % du PIB en impôts et cotisations en 2025, le taux le plus élevé de l’Union européenne selon Eurostat.
- L’Insee donne 43,6 %, soit 1 305,1 milliards d’euros : la différence vient des crédits d’impôt, qu’il déduit.
- Les cotisations sociales (428 milliards en 2024) pèsent plus que la TVA et l’impôt sur le revenu réunis.
- Avec ce montant, le déficit reste à 5,1 % du PIB, soit environ 153 milliards empruntés.
Et vous, savez-vous quelle part de ce que vous payez chaque mois part en cotisations, et quelle part en impôts ?



