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De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

Dans le Cotentin, 80 logements sont bloqués par la pluie qui passe par les égouts

Chantier de logements arrêté dans un village normand : fondations, grue à l'arrêt, station d'épuration et bouche d'égout où l'eau s'engouffre, maisons neuves et château au fond
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Huit communes de la Manche ont des projets de logements bloqués. La cause n’est ni le zéro artificialisation nette, ni un refus politique assumé : leurs stations d’épuration ne peuvent pas traiter toutes les eaux qu’on leur envoie. À Bricquebec-en-Cotentin, 18 logements sociaux attendent depuis 2 ans, et près de 80 logements sont en projet.

  1. La pluie qui prend le chemin de l’égout
  2. Qui décide ? Personne dans le village
  3. 1,8 million d’euros, et un vote en décembre
  4. 22 % des stations, et une amende que je ne peux pas vérifier
  5. Ce que j’en pense

La pluie qui prend le chemin de l’égout

Le mécanisme tient en une phrase : quand il pleut assez, l’eau de ruissellement entre dans le réseau d’assainissement au lieu de rejoindre un fossé. Ce sont les eaux parasites. La station reçoit alors plus que ce pour quoi elle a été dimensionnée, et le département constate qu’elle n’est plus en capacité de traiter toutes les eaux (actu.fr, 26 octobre 2026).

À Bricquebec, le maire, Denis Lefer, décrit le même enchaînement : d’anciens réseaux et des configurations qui dirigent encore les eaux pluviales vers l’assainissement (actu.fr, 1er octobre 2026).

Les permis ne sortent plus. 18 logements sociaux avec Presqu’Île Habitat, bloqués depuis 2 ans ; 14 parcelles en accession ; un bâtiment médical ; 2 promoteurs pour 24 logements et une dizaine d’autres. Environ 80 logements en projet (même source).

À observer : cette vidéo pédagogique de 2022, antérieure au dossier, explique la différence entre eaux usées et eaux pluviales et rappelle qu’un réseau se dimensionne sur les habitants actuels et à venir. C’est le point de blocage : la pluie entre dans un réseau calculé pour autre chose. Elle ne traite pas du Cotentin.

Qui décide ? Personne dans le village

Le maire répond devant ses électeurs du logement qui ne sort pas. Il ne décide pourtant ni du réseau, ni de la norme. L’assainissement est une compétence de la communauté d’agglomération du Cotentin (Le Cotentin), qui porte les travaux. Le contrôle relève de la DDTM, dont le directeur, Guillaume Baron, est cité nommément par le maire. Le préfet a réuni les maires concernés en avril.

La chaîne est donc la suivante : une commune vote son plan local d’urbanisme et instruit les permis, un établissement public intercommunal exploite les réseaux, un service de l’État vérifie la capacité de la station et refuse au nom de la qualité de l’eau. Chacun a raison dans son rôle, et le logement attend.

Valognes est citée comme confrontée au même problème ; les 8 communes concernées sont celles recensées par le secrétariat général de la préfecture.

Notre lecture

Le blocage n’est pas administratif par goût de la règle : il est physique. Une station qui reçoit la pluie ne traite plus les eaux usées, et l’État refuse alors des permis au nom de l’eau.

Opinion de la maison, pas un fait.

1,8 million d’euros, et un vote en décembre

À Bricquebec, la sortie est technique : séparer les eaux pluviales des eaux usées. Le maire évoque 1,8 million d’euros d’investissement et 700 à 800 mètres de réseau à reprendre route de Surtainville. Dans le Val de Saire, l’agglomération a engagé de gros travaux, toujours selon lui, après des pollutions d’huîtres.

La station peut encore accepter 300 à 400 logements, dit le maire ; il faudra la redimensionner dans 5 à 10 ans. Le vice-président de l’agglomération chargé de l’eau, Gilles Schmit, résume l’arbitrage : on ne peut pas faire des travaux partout en même temps, et quand on construit, c’est de l’argent qui ne va pas à l’entretien des autres stations (actu.fr).

S’y ajoute un gaspillage non contesté : 30 % de l’eau potable se perd en moyenne dans les réseaux français, rappelle le maire, phénomène que nous avons documenté à propos de la sécheresse (un litre sur trois perdu).

22 % des stations, et une amende que je ne peux pas vérifier

Selon une analyse du Média Vert relayée par actu.fr, 22 % des stations françaises ne traiteraient pas correctement les effluents avant rejet (actu.fr). Dans le Cotentin, la même enquête nomme 21 stations non conformes, dont 5 sur 17 à La Hague.

Denis Lefer avance une explication à cette sévérité : les DDTM seraient sous la menace de 4 à 5 millions d’euros d’amende par l’Europe pour non-conformité. Je n’ai trouvé aucune pièce établissant ce montant : je le rapporte comme sa déclaration, pas comme un fait.

21 stations non conformes nommées dans le Cotentin

Décompte des stations citées par secteur, d’après la liste publiée par actu.fr à partir de l’analyse du Média Vert. Survolez une barre pour le détail.

Nombre de stations non conformes citéesLa Hague : 5 stations non conformes (5 stations sur 17)La Hague5Val-de-Saire : 4 stations non conformes (Fermanville, Le Ham, Mesnil-au-Val, Saint-Pierre-Église)Val-de-Saire4Cœur du Cotentin : 4 stations non conformes (Brix, Sottevast, Valognes, Bricquebec)Cœur du Cotentin4Saint-Lois : 4 stations non conformes (Saint-Lô, Saint-Jean-d'Elle, Saint-Romphaire, Canisy)Saint-Lois4Coutançais : 4 stations non conformes (Gouville-sur-Mer, Saint-Malo-de-la-Lande, Saussey, Orval-sur-Sienne)Coutançais4

Source : actu.fr, « Manche : des stations d’épuration ne sont pas conformes, voici la liste ». Décompte de la rédaction : 5 + 4 + 4 + 4 + 4 = 21. La Hague : 5 stations sur 17. Liste de presse, pas un jeu de données officiel : certaines stations peuvent cumuler non-conformité d’équipement et de performance.

Ce que j’en pense

La norme est légitime : une station qui reçoit des eaux parasites rejette mal, et cette eau se paie en aval, dans les rivières et les coquillages. Ce qui me gêne est ailleurs : la décision est si dispersée que plus personne ne répond. Le maire porte le reproche, l’agglomération porte les travaux, l’État porte la règle, l’Europe porte la menace, et la famille qui attend son logement social ne sait pas qui appeler.

On présente souvent le blocage du logement comme un effet du zéro artificialisation nette. Ici, ce n’est pas le foncier qui manque, c’est un tuyau. Le débat national sur l’artificialisation peut donc être juste et passer à côté de l’essentiel local.

Reste le rapport de force le plus concret : 1,8 million d’euros pour débloquer 80 logements. Encore faut-il que le budget soit voté en décembre et que le lotissement ne reparte pas après les réseaux. Chaque hiver passé, 18 familles attendent. Saint-Malo montre la même mécanique par un autre bout, quand un juge suspend un PLU au nom de l’eau (340 logements en suspens).

À retenir

  • 8 communes de la Manche ont des projets de logements bloqués par leurs stations, selon la préfecture.
  • À Bricquebec, environ 80 logements sont en projet, dont 18 logements sociaux bloqués depuis 2 ans.
  • Cause : les eaux pluviales rejoignent le réseau et saturent les stations, ce sont les eaux parasites.
  • 1,8 million d’euros de travaux sont annoncés, sous réserve du budget voté en décembre.
  • 21 stations non conformes sont nommées dans le Cotentin, dont 5 sur 17 à La Hague.

À prolonger : le dispositif Jeanbrun promettait 50 000 logements, il en produit 200 à 300 par mois.

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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