1,8 million de personnes sont en situation de précarité mobilité dans les Hauts-de-France, soit 37 % des adultes de la région, le taux le plus élevé de France métropolitaine. Le baromètre de Wimoov, réalisé par Ipsos bva auprès de 13 400 personnes, situe la moyenne nationale à 31 %, pour 17 millions de personnes.
- 1,8 million de personnes, un record
- Ce que mesure vraiment le chiffre de 17 millions
- La voiture n’est pas un choix
- 15 % ont renoncé à un rendez-vous médical
- Les aides existent, 72 % ne les connaissent pas
- Ce que cela change pour vous
- Ce que j’en retiens
1,8 million de personnes, et un record qui n’étonne personne
Le chiffre régional circule depuis le 21 octobre, relayé par Evasion FM puis par actu.fr le 25 octobre. Rapporté à la population réelle, les 5 992 194 habitants de la région en 2023 donnent un autre ordre de grandeur : 30 % de tous les habitants, enfants compris.
L’Insee y mesure 19 % de personnes sous le seuil de pauvreté, et la précarité mobilité frappe 76 % des personnes qui vivent sous ce seuil. « Beaucoup n’ont tout simplement pas d’alternative crédible », résume Jonathan Otlet, directeur régional de Wimoov, cité par actu.fr.
Ce que mesure vraiment le chiffre de 17 millions
Dans le rapport détaillé, les 31 % additionnent « précarité et/ou vulnérabilité et/ou dépendance », avec des bases séparées de 11 %, 11 %, 13 % et 10 %. Les 17 millions sont une estimation construite, pas un recensement. Et l’enquête s’est déroulée du 3 au 20 février 2026, avant la hausse des carburants : la sensibilité au prix mesurée est un plancher.
La voiture n’est pas un choix
Dans la région, 79 % des habitants utilisent la voiture comme mode principal, contre 72 % en France, et 84 % en zone rurale. Ce n’est pas un attachement : 35 % n’ont aucun transport en commun à proximité, 64 % dans le périurbain, 76 % en zone rurale. Un habitant sur deux estime ne pas avoir le choix de ses modes, 70 % dans le rural.
Le paradoxe éclaire le mécanisme : au niveau national, les plus modestes déclarent davantage avoir le choix (62 %, contre 53 %), parce qu’ils sont moins équipés en voiture. Le rapport parle d’adaptabilité forcée. Seuls 8 % des Français combinent plusieurs modes. Quand la norme restreint la voiture sans financer l’alternative, comme à Strasbourg avec 39 000 voitures Crit’Air 3, c’est cette marge qu’on comprime.
La région au-dessus de la moyenne sur chaque indicateur
Part des adultes concernés, Hauts-de-France et France, en %, 2026
15 % ont renoncé à un rendez-vous médical
Dans la région, 52 % renoncent parfois à des déplacements pour économiser, contre 48 % en France. 15 % ont renoncé à un rendez-vous médical faute de transport, 13 % ont rogné sur leurs soins, 15 % sur la nourriture ; 9 % ont abandonné un emploi ou une formation, et 25 % des demandeurs d’emploi.
Le budget moyen atteint 226 € par mois, hors achat du véhicule, contre 225 € au national. Sous 1 200 € par mois, cela pèse 19 % du budget total, contre 11 % pour les ménages aisés. Le rapport national annonce 25 à 26 % sous le seuil de pauvreté : les séries ne se comparent pas. Et le dispositif de 18 centimes ne couvre que 500 stations.
Les aides existent, 72 % ne les connaissent pas
Voilà le point le plus accablant : 28 % des Français seulement connaissent les aides à la mobilité durable, un sur deux les aides aux transports en commun. L’argent est voté, les guichets existent, l’information ne descend pas. Un droit que personne ne connaît n’est pas un droit : c’est une ligne budgétaire.
Wimoov propose un conseiller mobilité partout et moins de 10 millions de personnes en précarité d’ici 2032. L’association en vit en partie : cela n’invalide pas le constat, cela interdit d’en faire une preuve.
Ce que cela change pour vous
Si vous habitez une commune rurale ou périurbaine, une panne de voiture n’est pas un contretemps : c’est la perte possible d’un emploi ou d’un rendez-vous de soins. 79 % des ruraux ne pourraient pas remplacer leur voiture après une panne. Une hausse de 30 centimes suffirait à 57 % des automobilistes de la région pour réduire leurs trajets, contre 54 % au national.
L’argent public va là où il se voit : Tarbes paie 4,5 millions d’euros par an pour garder sa ligne Volotea, quand la desserte du quotidien n’a pas d’équivalent. Je ne crois pas que la région manque d’argent : elle finance ce qui a un opérateur et une photo d’inauguration.
Ce que j’en retiens
La précarité mobilité n’est pas un accident individuel qui attendrait une aide : c’est l’effet prévisible d’un territoire dessiné pour la voiture, puis taxé comme si l’alternative existait. Quand le carburant monte ou que la ligne ferme, qui peut encore décider de son trajet ? Celui qui a une voiture et de quoi la remplir.
Le problème n’est pas que les Français aiment la voiture : c’est qu’on leur a retiré le reste, puis qu’on leur reproche de s’en servir. Tant que l’aide sera un formulaire et non un service, elle ne changera rien pour ceux qui ignorent qu’elle existe.
Opinion de la maison, pas un fait.
- 1,8 million de personnes en précarité mobilité dans les Hauts-de-France, 37 % des adultes, contre 31 % en France.
- 15 % ont renoncé à un rendez-vous médical, 25 % des demandeurs d’emploi à un emploi ou une formation.
- 28 % des Français connaissent les aides à la mobilité durable.
À observer : quand la ligne ne passe plus, des chauffeurs bénévoles assurent les trajets vers le travail ou les soins. Solution locale fragile, qui ne remplace pas un service public. Reportage antérieur à l’étude.



