Vendredi 23 octobre, Aix-Marseille Université a repoussé au 30 octobre la date limite d’inscription de ses étudiants étrangers. La concession est mince, et elle montre le mécanisme : depuis le décret du 19 mai 2026, une université ne peut plus exonérer que 30 % de ses étudiants extracommunautaires. Les autres paient 2 902 euros en licence, contre 178 euros pour un étudiant français. Ce n’est plus une hausse annoncée : c’est un tri en cours.
Le plan
- De 90 % d’exonérés à 30 %
- À Aix-Marseille, 1 500 sur 5 500
- Payer d’abord, exonérer ensuite
- « Choose France » à 16 fois le prix
- Ce que le 30 octobre ne règle pas
De 90 % d’exonérés à 30 %
Le décret n° 2026-385 du 19 mai 2026, publié le 20 mai, en vigueur le 21, réécrit les articles R. 719-49 et R. 719-50 du code de l’éducation. Il plafonne la part des étudiants extracommunautaires qu’un établissement peut exonérer des droits différenciés : 30 % pour 2026-2027, 25 % pour 2027-2028, 20 % ensuite. Les montants 2026-2027 sont fixés à 2 902 euros en licence et 3 950 euros en master, contre 178 et 255 euros pour les autres (Service-Public).
Le ministère ne cache pas le motif : sa foire aux questions parle d’un « phénomène d’exonération massive qui a dénaturé les objectifs de la réforme de 2019 ». En mai, Le Figaro indiquait que près de 90 % des étudiants extracommunautaires étaient jusqu’ici exonérés ; L’Étudiant évaluait le gain à environ 250 millions d’euros par an.
Le calcul tient en une ligne : si 9 sur 10 ne payaient rien, un plafond de 30 % en fait payer 7 sur 10. Le décret ne fixe pas un tarif, il fixe la proportion d’étudiants pauvres qu’une université peut encore accueillir gratuitement.
À gauche, ce qu’un étudiant paie chaque année. À droite, la part d’étudiants extracommunautaires qu’une université peut encore exonérer
À Aix-Marseille, 1 500 sur 5 500
Le 7 septembre, à la rentrée, la présidence d’AMU avait annoncé l’exonération totale ou partielle de 1 500 étudiants sur les 5 500 concernés (La Marseillaise). 27,3 % : l’université utilise 91 % de son plafond de 1 650. Les 4 000 autres paient. À 2 902 euros, cela fait 11,6 millions d’euros ; à 3 950 euros pour les masters, 15,8 millions.
Grève le 20 octobre, rassemblement le 22 devant les grilles du Pharo, pétition à près de 1 200 signatures : le report au 30 octobre est la seule concession, et les organisations demandent l’abrogation, pas un délai (France 3 Provence-Alpes).
Payer d’abord, exonérer ensuite
La page officielle d’AMU est plus explicite. Les primo-arrivants « acquittent l’intégralité des droits différenciés dès l’inscription », le paiement en trois échéances « n’est pas autorisé ». L’exonération partielle de 75 % est examinée après la clôture de la campagne, pour une réponse « à compter du mois de décembre ».
Traduction : 2 902 euros en octobre, 2 176 euros éventuellement rendus deux mois plus tard. Celui qui n’a pas la somme ne s’inscrit pas, n’obtient pas de certificat de scolarité, et perd la pièce qui sert à la préfecture, au logement et à la couverture sociale. La pétition réclame précisément ces certificats pour les étudiants en attente de paiement.
Le ministère répond que ces droits restent « modiques », à « moins du tiers du coût réel ». C’est vrai, et hors sujet : le problème n’est pas le coût, c’est le jour où l’argent est exigé, d’un coup.
« Choose France », ou l’attractivité à 16 fois le prix
Le même ministère a lancé en avril « Choose France for Higher Education », qui veut 500 000 étudiants internationaux en 2027 et réserve 60 % des bourses aux filières stratégiques. Attirer les meilleurs et faire payer 16 fois plus aux autres n’est pas une contradiction : c’est une sélection par l’argent, déguisée en attractivité. Le 20 avril, le ministre a donné la règle : « La règle, ce sont les droits différenciés, et l’exception c’est l’exonération ».
L’application varie : le tri n’est pas une fatalité technique. Paris 8 invite tous les concernés à demander une exonération au titre de leur situation personnelle ; AMU applique le paiement intégral à l’inscription. Le décret ne dit pas lesquels des 5 500 seront exemptés : il confie ce choix au conseil d’administration, qui en portera le coût politique. L’État garde la norme, le prix et le quota ; l’université choisit les visages. Le tri change de camp.
Ce que le 30 octobre ne règle pas
Trois échéances : le 30 octobre, date limite repoussée ; décembre, les exonérations partielles, dont nul ne connaît le nombre ; la rentrée 2027, plafond à 25 %, soit 1 375 exonérations au maximum à AMU, puis 1 100 à 20 %.
Le 24 octobre, les organisations lycéennes et étudiantes appellent à l’acte 2, après les coupes déjà documentées (4 000 postes défendus, 1 588 supprimés en 2027) et les campus mobilisés (La Réunion, cours annulés, 53 % des collèges et lycées sans un professeur). La demande n’est pas un délai : c’est l’abrogation, seule issue qui ne consiste pas à choisir qui pourra étudier.
Le campus de Sciences-Po Paris bloqué par des étudiants le 22 octobre 2026. À observer : la forme de la mobilisation étudiante, à deux jours de l’acte 2. Une vidéo d’agence, pas un document officiel.
Opinion de la maison, pas un fait. L’État fixe le prix, puis refuse d’assumer la sélection qu’il impose et la délègue au guichet. Une nation qui manque d’ingénieurs et facture 2 902 euros à ceux qui remplissent ses laboratoires, dont 44 % des doctorants en sciences et ingénierie sont étrangers selon la Fage, ne fait pas d’attractivité : elle fait une politique de rente. L’État reprend le don et garde le pouvoir de le retirer.
À retenir
- Décret du 19 mai 2026 : 30 % d’exonérations en 2026-2027, 25 % en 2027-2028, 20 % ensuite, contre près de 90 % auparavant.
- 2 902 euros en licence contre 178, 3 950 euros en master contre 255 : 16,3 et 15,5 fois plus.
- À Aix-Marseille, 1 500 exonérations pour 5 500 étudiants, soit 27,3 % : 4 000 paient, entre 11,6 et 15,8 millions d’euros.
- Paiement en une fois à l’inscription ; l’exonération partielle de 75 % n’arrive qu’en décembre.



