À Méan-Penhoët, quartier de Saint-Nazaire, 58 % des parcelles privées analysées dépassent le seuil de gestion sanitaire pour le plomb, et 24 % pour l’arsenic. Jusqu’au 28 novembre, l’Agence régionale de santé, la préfecture, l’agglomération, la ville et l’Assurance Maladie offrent aux habitants un dépistage gratuit : une prise de sang pour le plomb, une analyse d’urine pour l’arsenic. L’État mesure. Il ne retire pas.
Le plan
- Ce que les prélèvements ont trouvé
- Qui est invité, et comment
- Ce que le test ne dit pas
- Qui paie quoi
- Ce que cela change pour vous
Ce que les prélèvements ont trouvé
L’étude de zone a commencé en 2020 sur 5 communes du bassin industriel de la CARENE : Saint-Nazaire, Donges, Trignac, Montoir-de-Bretagne, Pornichet. Deux campagnes de mesures ont suivi de mai à juillet 2026, sur le plomb, l’arsenic, le cuivre, le zinc, le nickel, le chrome et le manganèse : 200 espaces publics et 115 terrains privés, ces derniers sur la base du volontariat.
À Méan-Penhoët, la partie sud est la plus chargée. L’ARS écrit que les contaminations sont « très probablement » historiques, avec une hypothèse « la plus vraisemblable » : des terrains remblayés avec des matériaux douteux. Aucun auteur de ces remblais n’est nommé. Les espaces publics sont moins touchés que les jardins, sans doute parce qu’ils ont reçu de la terre neuve plus souvent.
À l’échelle du pays, 11 234 sites et sols pollués sont recensés en 2025 : Saint-Nazaire n’est pas une exception, c’est un cas documenté, ce qui est plus rare. Le seuil, lui, sert à gérer un risque, pas à supprimer une pollution ; dans l’air, sur 103 polluants mesurés en Occitanie, presque aucun n’a de limite légale.
Qui est invité, et comment
Le dépistage vise d’abord les enfants de 6 mois à 6 ans et les femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse dans les 6 mois. Il est ouvert aux adultes qui portent souvent les mains à la bouche et aux jardiniers qui mangent surtout les légumes de leur potager.
Un laboratoire du secteur, le courriel de l’Assurance Maladie, le questionnaire de l’ARS, la carte Vitale. Pas besoin d’être à jeun ; évitez les produits de la mer pendant les 3 jours qui précèdent l’analyse d’urine, sous peine de fausser le résultat. Une différence mérite d’être dite : la Haute Autorité de santé recommandait en 2020 ce dépistage au-delà de 25 mg d’arsenic bioaccessible par kg de terre, pour les enfants de 6 mois à 4 ans. L’ARS retient ici 6 ans : elle élargit, elle ne restreint pas.
Ce que le test ne dit pas
Un résultat élevé ne signifie pas qu’une maladie va apparaître, rappelle l’ARS : il mesure une imprégnation à un moment donné. Le plomb peut affecter le développement des jeunes enfants et du fœtus ; l’arsenic, en exposition prolongée, des effets cutanés, cardiovasculaires et cancérogènes.
Le test dit ce que vous avez dans le corps, pas d’où vient la terre ni ce qu’il faudrait enlever. La reconnaissance des atteintes environnementales est lente : les cancers de la peau d’origine professionnelle attendent encore leur tableau. Les habitants n’ont pas attendu. « Nous demandons une cartographie des sols. Peut-on boire l’eau, arroser notre potager, manger les fruits du jardin ? L’Agence régionale de la santé doit se mobiliser », déclarait Christian Quélard, président de Vivre à Méan Penhoët, à ICI. L’ARS répond que l’eau du robinet est conforme et celle des puits déconseillée.
Part des parcelles privées analysées qui dépassent le seuil de gestion
Méan-Penhoët, Saint-Nazaire, mesures de l’été 2026.
Qui paie quoi
Les analyses sont prises en charge par l’ARS et l’Assurance Maladie : rien à avancer. C’est la partie visible. Aucun document public consulté n’annonce de dépollution, ni calendrier, ni budget. La foire aux questions de l’ARS écrit même qu’« avant d’envisager une dépollution, il est recommandé de mettre en place des mesures simples pour réduire les risques d’exposition ». Ces mesures, les habitants les portent : retirer ses chaussures, se laver les mains, nettoyer à l’humide, renoncer au puits.
Le droit français l’autorise. La politique des sols pollués se conduit suivant l’usage : une pollution résiduelle peut être maintenue si elle est jugée compatible avec l’usage du terrain, avec des conditions de maîtrise sanitaire. Quand aucun responsable solvable n’est identifié, l’État confie les travaux à l’ADEME. Ici, personne n’est identifié : l’origine reste une hypothèse de remblais. La charge du risque descend donc d’un étage, du pollueur vers celui qui habite. L’eau, elle, ne reste conforme que si on la surveille : dans le Finistère, un captage fermé pour nitrates a rouvert à 30 jours du plan Orsec.
Ce que cela change pour vous
Si vous habitez le quartier et que vous êtes concerné, le dépistage court jusqu’au 28 novembre, gratuit et sans avance de frais. Sans courriel de l’Assurance Maladie, l’ARS donne une adresse pour le réclamer. Demandez aussi les résultats de votre parcelle : l’ARS affirme les avoir restitués individuellement et avoir téléphoné aux propriétaires de terrains pollués. Ce document vaut mieux qu’un conseil général, surtout si vous vendez ou achetez. Ce qui reste incertain : le nombre de parcelles analysées à Méan-Penhoët, le nombre d’habitants concernés, le coût de travaux éventuels. L’ARS ne les publie pas.
Ce qu’il faut y observer : ce reportage de Splann, diffusé sur France 3 avant la campagne, ne parle pas du plomb dans les jardins : il documente la surmortalité du bassin industriel nazairien et la difficulté d’établir le lien avec les émissions. C’est le contexte, pas la preuve du dossier présent.
Notre lecture
Un dépistage gratuit, volontaire, bien expliqué : sur le papier, l’État fait son travail. Regardons le circuit. Il prélève, il mesure, il informe, il rassure sur l’eau, et il laisse la terre en place. La charge change de porteur : du sol à l’habitant, qui retire ses chaussures, lave ses légumes et renonce à son puits. Le droit le permet, la gestion « suivant l’usage » l’organise, et personne n’a à désigner celui qui a remblayé. Ce n’est pas une faute, c’est une architecture : celui qui décide n’habite pas là, celui qui habite là ne décide de rien. Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir
- 58 % des parcelles privées analysées à Méan-Penhoët dépassent le seuil de gestion pour le plomb, 24 % pour l’arsenic.
- Dépistage gratuit jusqu’au 28 novembre pour les enfants de 6 mois à 6 ans, les femmes enceintes et les jardiniers exposés.
- Aucune dépollution annoncée : les gestes de réduction du risque restent à la charge des habitants.



