Quatre morts et un disparu. C’est le bilan, mercredi 21 octobre au soir, de l’épisode méditerranéen qui frappe le Sud-Est depuis lundi. Trois victimes sont dans les Bouches-du-Rhône, en vigilance orange pendant tout l’épisode.
Deux femmes de 86 et 26 ans ont été retrouvées noyées dans une cave à Lançon-Provence. Un homme de 75 ans a été emporté par les eaux. En Haute-Corse, placée en rouge, un 4×4 a été emporté par le Fium’orbu à Ghisonaccia : un occupant est sorti par la fenêtre, l’autre est mort. Un homme reste recherché dans le Var.
L’épisode a battu des records : 221 mm à Saint-Chamas en 24 heures, quand Météo-France annonçait 50 à 80 mm sur le département, avec des pointes possibles à 150. La question n’est pas la transmission de l’alerte, mais son échelle de calcul.
Les parties de cet article
- Ce que l’eau a laissé
- Ce qui est tombé, ce qui était annoncé
- Pourquoi le département est resté orange
- Un outil plus fin existe depuis le 1er septembre
- En Corse, le rouge n’a pas suffi
- Ce que j’en retiens
Ce que l’eau a laissé
La préfecture a annoncé mercredi soir « trois personnes décédées et une personne blessée » (Ouest-France, 21 octobre). Arles et Saint-Martin-de-Crau sont privées d’électricité, 250 personnes ont été hébergées, l’A54 est fermée entre Salon et Arles (La Provence). Cinq colonnes de pompiers sont venues de l’Hérault et de la Haute-Garonne, et l’état de catastrophe naturelle est demandé.
Ce qui est tombé, ce qui était annoncé
Le bulletin du 20 octobre annonçait 50 à 80 mm pour les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et le Var, localement 100 à 120, voire 150. Les stations ont relevé 221 mm à Saint-Chamas, 181 à Salon-de-Provence, 160 à Arles, 140 à Marseille. À Martigues, La Météo du 13 compte 220 mm, soit 40 % d’une année normale. À Salon et à Saint-Chamas, ce sont des records depuis que la pluviométrie y est mesurée.
Ce qui est tombé en 24 heures, et ce qui était annoncé
Cumuls relevés dans les Bouches-du-Rhône, du 19 au 20 octobre 2026.
Pourquoi le département est resté orange
Christophe Yohia, prévisionniste à l’antenne Météo-France d’Aix, assume l’orange : c’est un « niveau important », « on n’était pas dans un système qui méritait du rouge », et les pluies n’étaient « pas assez étendues sur le département ». Il compare avec la Haute-Corse, passée au rouge, où l’on attendait « près de 400 mm », « presque deux fois plus que chez nous » (La Provence). Le critère est donc spatial : le rouge suppose un phénomène large, pas une commune noyée.
Cinq ingénieurs d’Aix ont travaillé avec Toulouse, « à la limite de l’imprévisibilité » : aucun modèle ne donnait de prévision fiable. Paul Marquis, de La Météo du 13, conteste : « c’est une erreur d’être resté en vigilance orange avec autant d’intempéries ». Deux professionnels, le même épisode, un désaccord sur le seuil, pas sur les faits.
Un outil plus fin existe depuis le 1er septembre
Depuis le 1er septembre 2026, Météo-France propose des vigilances infra-départementales : la carte peut colorer une partie d’un département et laisser le reste en dessous, depuis sept semaines (Météo-France, service-public.fr). Pouvait-on entourer de rouge le pourtour de l’étang de Berre, où Salon, Martigues et Saint-Chamas ont pris l’essentiel des pluies ? Le prévisionniste répond non.
La question est administrative : le département est une maille de décision, l’orage une maille de terrain. La maille large a déjà servi cette semaine pour la tempête Adam et ses 8 départements en orange, et trois semaines plus tôt pour le Gard et l’Hérault.
En Corse, le rouge n’a pas suffi
La Haute-Corse est passée en rouge le 20 octobre à la mi-journée, avec des cumuls annoncés autour de 400 mm. Il en est tombé 596 mm (notre article). Le niveau maximal était affiché, et un homme est mort dans un 4×4 emporté par le Fium’orbu.
À observer : reportage daté du 20 octobre, avant le bilan définitif ; on y voit les routes coupées et les véhicules déplacés, au moment où les décisions se prennent.
Le rouge a prévenu, et un conducteur a franchi un gué. Aucun niveau ne remplace la décision de ne pas descendre dans une cave. Mais un niveau sous-évalué retire au maire, au voisin, au salarié la possibilité de décider en connaissance de cause.
Ce que j’en retiens
Le système a fonctionné comme il est conçu : une maille départementale, un critère d’étendue, une prévision honnêtement incertaine, des agents qui expliquent. Et 4 morts. Ce n’est pas une contradiction, c’est le défaut de conception : l’alerte se calcule sur un territoire qui n’est pas celui où l’on meurt.
Une carte plus fine, un maire qui confine sa commune, un préfet qui assume un rouge partiel : ce sont des décisions prises au plus près du terrain. La maille large protège celui qui la pose, pas celui qui la lit.
Trois des quatre morts sont dans un département resté orange, où les records sont tombés. Le niveau n’a pas été fixé sur ce qui est tombé, mais sur l’étendue de ce qui allait tomber. C’est défendable pour un prévisionniste qui décide à 4 heures du matin avec des modèles muets ; ce n’est pas neutre pour celui qui lit la carte à 6 heures et prend la route.
Opinion de la maison, pas un fait.
- 4 morts et 1 disparu : 3 dans les Bouches-du-Rhône, 1 en Haute-Corse, 1 personne recherchée dans le Var.
- 221 mm à Saint-Chamas, record absolu, quand la prévision départementale allait de 50 à 80 mm, avec des pointes à 150.
- Le département est resté orange ; la Haute-Corse est passée en rouge et a tout de même perdu un conducteur à un gué.
- Les vigilances infra-départementales existent depuis le 1er septembre et n’ont pas servi sur le pourtour de l’étang de Berre.



