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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

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2G coupée ce mardi dans 43 départements : 1,7 million d’appareils encore branchés, et la facture est pour vous

Cage d'escalier ancienne : vieux téléphone portable, pendentif de téléassistance et modem radio démonté de l'armoire d'ascenseur, antenne-relais au loin.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Ce mardi 20 octobre, Orange éteint la 2G dans 43 départements, dont Paris, la Gironde, le Rhône et les cinq départements de Normandie. Le soir, sa 2G ne sera plus allumée nulle part en France métropolitaine, sauf dans les zones blanches, où l’arrêt est repoussé entre le 1er et le 15 décembre. Ce n’est pas une vague d’essai : c’est la fin d’un réseau déployé au début des années 1990. Et il reste branché dessus 1,68 million d’appareils, que l’Arcep comptait fin juin. Alarmes, ascenseurs, téléassistance, téléphones anciens. L’opérateur coupe. La facture du remplacement, elle, n’est pas dans son bilan.

Le compte est public et il est simple. L’Arcep publie chaque trimestre un observatoire des cartes SIM qui ne fonctionnent qu’en 2G. Fin juin 2026, il en restait 1,68 million : 1,06 million dans des téléphones, 0,62 million dans des objets connectés. Un an plus tôt, 2,85 millions. La baisse est de 41,4 %. Elle n’a pas suffi.

Ce qui s’éteint aujourd’hui, et ce qui reste allumé

Orange a étalé l’arrêt sur sept mois. Bayonne, Anglet et Biarritz le 31 mars. Les Landes et les Pyrénées-Atlantiques le 12 mai. Sept départements du Sud-Ouest le 9 juin. Nice le 22 septembre. Quarante-quatre départements le 6 octobre. Quarante-trois ce mardi. Les zones blanches réglementaires passeront entre le 1er et le 15 décembre, parce que l’État a obtenu ce délai : ailleurs, c’est fini.

Les autres opérateurs suivent, avec leurs propres dates. SFR arrête sa 2G le 15 novembre 2026. Bouygues Telecom commence le même jour à Brest, Guipavas, Nancy et Vandœuvre-lès-Nancy, puis généralise entre le 1er et le 15 décembre. Free Mobile n’a pas de réseau 2G en propre : ses clients passent par celui d’Orange et subissent donc le même calendrier, sans avoir reçu les mêmes courriers.

La 3G, elle, vit encore. Orange et SFR l’arrêtent fin 2028, Bouygues fin 2029, Free n’a rien annoncé. C’est la nuance qui décide, pour des centaines de milliers de foyers, entre « mon appareil va mourir » et « mon appareil a un sursis ». Un terminal qui capte la 3G et la 2G continue de fonctionner. Un terminal qui ne capte que la 2G s’arrête aujourd’hui dans les 43 départements concernés.

Ce qui cesse de fonctionner

L’Arcep donne la liste, reprise par les préfectures : systèmes d’alarme connectés et de télésurveillance, téléassistance aux personnes, pilotage du chauffage, interphones et visiophones, téléalarmes d’ascenseurs, certains dispositifs médicaux, téléphones d’ancienne génération. Ce ne sont pas des gadgets. Une téléassistance relie une personne seule à un centre d’appel. Une téléalarme d’ascenseur permet de sortir quelqu’un d’une cabine bloquée.

Le cas des ascenseurs est le mieux documenté. Selon la vidéo publiée par Les Échos, environ 230 000 ascenseurs dépendent encore de la 2G, soit 35 % du parc français, et il faut compter une journée de travail par appareil pour changer la technologie. Ce chiffre vient d’une rédaction, pas de l’Arcep : je le cite comme son estimation, pas comme une donnée officielle.

Il existe une fausse solution, et l’Arcep la nomme elle-même. Revenir au réseau téléphonique classique, le RTC, n’est pas un refuge : Orange a fermé commercialement le réseau cuivre en janvier 2026 et prévoit sa fermeture technique d’ici 2030. Un boîtier de téléassistance raccordé à la prise téléphonique est donc condamné deux fois. Le remplacement n’est pas reportable, seulement déplaçable.

Les appareils 2G encore actifs : 2,85 millions en juin 2025, 1,68 million en juin 2026

Cartes SIM dans des terminaux compatibles avec la 2G uniquement, France métropolitaine, en millions. Source : Arcep, observatoire trimestriel des terminaux 2G et 3G/2G, 5e édition, 24 septembre 2026.

2,85

2,66

2,41

2,00

1,68

Téléphones (voix, SMS, internet)    Objets connectés

Survolez une colonne pour lire le détail.

Lecture : la chute est plus forte du côté des objets connectés, moins nombreux à être remplacés parce que leur propriétaire n’est pas toujours identifié. Les téléphones, eux, baissent de 35,5 % en un an. Le total reste supérieur à 1,6 million d’appareils le jour de l’extinction.

À regarder : cette vidéo des Échos a été publiée au moment de la première vague, avant l'extinction de ce mardi. Elle montre ce qui se joue dans une cabine d'ascenseur : le bouton d'alarme est un téléphone, et 35 % du parc parle encore 2G. Regardez le passage sur le temps de remplacement, une journée par appareil : c'est ce délai qui décide si un immeuble se retrouve sans appel d'urgence.

Vidéo : « Pourquoi la fin de la 2G est un problème pour les ascenseurs ? », Les Échos, 2026. Les chiffres de la vidéo sont ceux de sa date de publication ; ceux du graphique ci-dessus sont ceux de l'Arcep au 30 juin 2026.

Qui décide, et qui paie

L'Arcep l'écrit noir sur blanc sur sa page destinée au public : « Les décisions d'extinction des technologies 2G et 3G relèvent de la stratégie des opérateurs qui en sont propriétaires. » Ce n'est pas une formule de style. La date, le découpage départemental, le rythme, tout cela vient de quatre entreprises privées. L'État, lui, informe : les préfectures publient des pages, les opérateurs écrivent à leurs clients, l'Arcep tient l'observatoire.

Ce partage des rôles produit un résultat simple. Le gain est pour l'opérateur : des fréquences libérées et réattribuées à la 4G et à la 5G, un réseau de moins à alimenter et à sécuriser. La charge est pour le propriétaire de l'appareil : la copropriété qui doit adapter son ascenseur, le particulier qui doit changer son boîtier, l'Ehpad qui doit équiper ses chambres. Je n'ai trouvé, sur la page de l'Arcep ni sur les pages de préfecture consultées, aucun dispositif public de prise en charge de ce remplacement. Ce n'est pas la preuve qu'il n'en existe aucun. C'est le constat qu'aucun n'est annoncé là où le citoyen cherche l'information.

L'argument technique des opérateurs tient, et il faut le dire. Plus de 99,8 % des sites 2G et 3G sont déjà équipés en 4G, et la 4G couvre plus de 99,9 % de la population métropolitaine. Le réseau n'est pas le problème. Les appareils le sont. Une technologie qui a trente ans, qui consomme plus et qui résiste moins bien aux attaques n'a pas vocation à rester allumée pour des boîtiers que personne n'a mis à jour. La question n'est pas de garder la 2G. Elle est de savoir qui paie la sortie.

Notre lecture

Un réseau mobile est une infrastructure. Son extinction est une décision privée à effet public : elle éteint des alarmes, des ascenseurs et des téléassistances. La France a laissé fixer cette date par ceux qui vendent le service, sans vote, sans autorité qui arbitre le calendrier ni le coût pour les ménages. Ce n'est pas un scandale, c'est un choix d'organisation. Il dit ce que vaut la souveraineté quand elle n'est pas seulement un mot : ici, elle aurait consisté à subordonner la coupure à la migration effective des équipements de sécurité. Personne ne l'a fait.

À retenir

  • Ce mardi 20 octobre, Orange éteint la 2G dans 43 départements et termine l'arrêt en France métropolitaine, hors zones blanches (1er au 15 décembre).
  • 1,68 million d'appareils ne fonctionnaient qu'en 2G fin juin 2026 : 1,06 million de téléphones, 0,62 million d'objets connectés.
  • SFR coupe le 15 novembre, Bouygues entre le 1er et le 15 décembre. Un appareil 3G/2G, lui, tient jusqu'en 2028 ou 2029.
  • Aucune prise en charge publique du remplacement n'est annoncée sur les pages officielles consultées : le coût reste à celui qui possède l'appareil.

Ce qu'il faut vérifier chez soi, cette semaine

Un téléphone : il doit être compatible 4G et, surtout, avec les appels en 4G, la VoLTE. Un appareil 4G qui n'accepte pas la VoLTE peut se retrouver sans appels après l'extinction. Le réglage se vérifie dans les paramètres réseau, et les fiches techniques des opérateurs donnent la liste des modèles compatibles.

Une alarme, une téléassistance, un visiophone, un pilotage de chauffage : appelez le fournisseur et posez une seule question, par écrit si possible. L'appareil communique-t-il en 2G, en 3G, en 4G, ou par une autre technologie ? La réponse engage le prestataire. Un boîtier muet ne se signale pas : il ne sonne pas, il ne prévient pas, il ne se plaint pas.

Un ascenseur : la question est pour le syndic, pas pour le résident. Le contrat de maintenance doit dire quand l'appareil d'alarme sera migré et qui paie. Un immeuble peut parfaitement se retrouver avec une cabine neuve et un bouton d'alarme hors service : ce sont deux marchés différents.

Enfin, une date à retenir pour ceux qui dépendent d'Orange ou de Free : c'est aujourd'hui, dans les 43 départements concernés. Pour les clients SFR, le 15 novembre. Pour Bouygues, entre le 1er et le 15 décembre. Après ces dates, il n'y a plus de recours technique : seulement un appareil à remplacer.

Opinion de la maison, pas un fait : je ne crois pas que la fin de la 2G soit une faute. Je crois qu'une coupure qui touche des alarmes et des ascenseurs aurait dû être conditionnée, département par département, à la migration effective des équipements de sécurité. Ce n'est pas ce qui a été fait. La 3G s'éteindra en 2028. La même question se posera, avec les mêmes boîtiers, et il serait temps de poser la règle avant la date.

Et vous ? Avez-vous un appareil qui ne fonctionne qu'en 2G, et savez-vous ce qu'il adviendra de lui ce soir ?

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