Une téléconsultation de généraliste est facturée 25 euros. Une consultation au cabinet coûte 30 euros depuis décembre 2024. L’acte à distance est donc le moins cher pour l’Assurance maladie. Ce lundi, une enquête du Monde montre ce que devient cet argent chez Qare, l’un des leaders du secteur. Certains médecins y touchent 10 euros par consultation depuis le 1er mai, contre 14,67 euros auparavant. Une trentaine d’entre eux contestent aux prud’hommes.
La téléconsultation n’est plus une exception de crise. En 2024, 13,9 millions d’actes ont été remboursés. Les sociétés de téléconsultation en ont facturé 40 %, contre 6 % en 2021, selon la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam). La question n’est donc plus de savoir si la visio est utile. Elle est de savoir qui paie, qui prend la marge et à quelles conditions l’État autorise.
Le plan de cet article
- 25 euros, 30 euros, et un parcours de soins.
- Chez Qare, 10 euros sur 25.
- 5 euros pour passer devant.
- L’État mesure désormais autre chose.
- Ce que cela change pour vous.
- Qui garde la différence.
25 euros, 30 euros, et un parcours de soins
Le tarif est public. La téléconsultation d’un généraliste est facturée 25 euros, comme l’indique la page de l’Assurance maladie. Une consultation en présentiel coûte 30 euros depuis fin décembre 2024. L’Assurance maladie rembourse 70 % dans les deux cas, sauf exonération. Le reste est à la charge du patient ou de sa complémentaire santé.
13,9 millions de téléconsultations en 2024, dont 40 % par des plateformes
Téléconsultations facturées à l’Assurance maladie, en millions (ligne pleine, axe de gauche) ; part des sociétés de téléconsultation, en % (ligne pointillée, axe de droite).
Source : Cnam, dossier de presse des Assises de la télémédecine, 27 juin 2025, pour les volumes 2020 à 2024 et la part de 6 % en 2021. Cour des comptes, communication du 8 avril 2025, pour les 3,8 millions d’actes réalisés par les sociétés en 2023. La part de 32,5 % pour 2023 est un calcul de la rédaction : 3,8 millions sur 11,7 millions. Les données 2025 ne sont pas encore publiées.
Trois règles encadrent l’acte à distance. Le patient doit entrer dans le parcours de soins, avec l’accord de son médecin traitant, sauf exceptions. Le médecin doit exercer à proximité du domicile du patient, ce que l’Assurance maladie appelle la territorialité. Et un médecin ne peut pas consacrer plus de 20 % de son activité à la télémédecine, seuil porté à 40 % pour les psychiatres.
Ces règles disent l’intention. Elles ne disent pas le partage de l’argent. Sur les 25 euros, il faut payer le médecin, la plateforme, la technologie, les locaux et les charges. Ce partage n’est pas public. C’est précisément ce que documente l’enquête du Monde.
Chez Qare, 10 euros sur 25
Qare est une société de téléconsultation créée en 2016. Elle revendique 250 000 consultations par mois et près de 2 000 médecins, selon Le Monde. Ses praticiens sont salariés, souvent à côté d’une activité principale à l’hôpital ou en libéral. Leur contrat prévoit une rémunération à l’acte.
Un médecin cité par le quotidien raconte. Embauché en 2021, il touchait 14,67 euros brut par téléconsultation. Cela pouvait lui rapporter jusqu’à 3 000 euros pour 15 à 20 heures dans le mois. Puis la société a changé son contrat. La rémunération est passée à 10 euros, entrée en vigueur le 1er mai 2026.
Le président du Syndicat national des médecins téléconsultants dit avoir calculé une perte de 28 % de revenus. Une trentaine de médecins ont saisi les prud’hommes en référé pour suspendre cette baisse. La décision est attendue fin octobre, selon Le Monde. Je note un point : le médecin est payé au nombre d’actes, pas au temps passé. Ce mode de paiement transfère le risque de la plateforme vers le praticien.
5 euros pour passer devant
Le deuxième étage du modèle est plus visible pour le patient. Plusieurs plateformes proposaient une option payante pour réduire l’attente. Les montants allaient de 5 à 20 euros, à la charge du patient et non remboursés. Qare, Livi, MédecinDirect et Tessan étaient cités, selon Acuité.
Le ministère de la Santé a jugé la pratique illégale. Un courrier du 31 juillet 2026 a donné jusqu’au 1er octobre à sept sociétés pour supprimer ces frais. Le ministère a prévenu : un manquement peut entraîner le retrait de l’agrément, l’autorisation qui permet à la plateforme d’être remboursée par l’Assurance maladie. France 2 a testé l’option dans une cabine de pharmacie, à 5 euros.
Le Bruit Court a filmé le test dans une cabine de pharmacie (2 min 27). Le médecin interrogé dit ne rien toucher du supplément : il est payé au nombre de consultations.
Le cadre vient du décret du 29 février 2024, qui autorise les « prestations optionnelles complémentaires » payantes. Certaines plateformes s’en sont servies pour vendre un accès plus rapide. Le ministère considère désormais que ce n’est pas une prestation complémentaire, mais une condition d’accès à la consultation. Je n’ai pas trouvé de liste publique des sept sociétés visées.
L’État mesure désormais autre chose
Deux textes publiés au Journal officiel du 12 juillet 2026 durcissent le contrôle. Le décret n° 2026-626 impose aux plateformes de fournir, pour renouveler leur agrément, le contrat de travail le plus fréquemment utilisé. Les ministres peuvent recueillir les observations de tout salarié et de tout usager. Si les documents demandés ne sont pas transmis sous dix jours au minimum, le renouvellement est réputé rejeté.
L’arrêté du 8 juillet 2026 fixe neuf indicateurs. Les plateformes doivent déclarer le nombre de médecins salariés par spécialité et par département. Elles doivent mesurer la distance moyenne et médiane entre le médecin et le patient. Elles doivent suivre la part des comptes rendus versés au dossier médical partagé, les réadressages vers le présentiel et les téléconsultations en zones sous-dotées. Elles doivent aussi déclarer les arrêts de travail prescrits, le délai de rendez-vous et la durée moyenne de l’acte.
Ces indicateurs ne plafonnent pas la marge. Ils rendent visibles les effets de l’activité sur le parcours de soins. C’est un changement de méthode : l’État ne se contente plus de vérifier que la plateforme existe, il lui demande de prouver ce qu’elle fait aux patients.
Ce que cela change pour vous
Le prix ne change pas. Une téléconsultation de généraliste reste à 25 euros, remboursée à 70 %. Aucun supplément ne peut être imposé pour accéder à l’acte. Si une plateforme vous facture une option pour passer devant, vous pouvez la refuser et le signaler à l’Assurance maladie.
Deux précautions pratiques. Vérifiez que la plateforme est agréée, car cet agrément conditionne le remboursement. Demandez le compte rendu de la consultation et son versement au dossier médical partagé, surtout si vous n’avez pas de médecin traitant. Ce document est votre preuve en cas de litige.
Reste l’usage réel. Les patients qui passent par une plateforme résident plus souvent dans des communes où l’accès à un généraliste est faible, selon la Cnam. La téléconsultation répond donc à un manque. Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) le dit aussi. L’outil doit rester « un outil dégradé d’accès aux soins », avec un ancrage territorial et une alternance avec le présentiel. Un outil dégradé peut être utile. Il ne remplace pas un médecin.
Qui garde la différence
Je ne crois pas que la téléconsultation soit le problème. Elle règle une partie du problème, celui des territoires sans médecin et des rendez-vous impossibles. Mon interprétation est que le problème est le partage de l’argent public. L’Assurance maladie paie 25 euros pour un acte. Chez Qare, le médecin en touche 10. Le reste finance une société commerciale dont la rémunération et la marge ne sont pas publiques.
L’objection sérieuse est celle de l’accès. Si la plateforme ferme, ses patients perdent une porte. C’est vrai. Mais une porte qui repose sur des médecins payés 10 euros par acte et sur des suppléments vendus au patient n’est pas une politique de santé. C’est un service commercial qui reçoit de l’argent public.
La vraie question n’est donc pas « pour ou contre la visio ». Elle est : pour un acte payé par l’impôt, quelles contreparties exigibles ? Un tarif connu, un médecin payé correctement, un dossier transmis, un ancrage territorial vérifié. Les textes de juillet 2026 donnent à l’État les instruments. Reste à savoir s’il s’en servira, et s’il publiera ce qu’il constate. J’ai déjà raconté ce même déplacement de charge à propos des cures thermales et des indemnités journalières.
Avez-vous déjà payé un supplément pour consulter plus vite ? Si oui, combien, et pour quel service ? Si non, avez-vous renoncé à une téléconsultation à cause du prix ou de l’attente ? Racontez-moi ce que vous avez vu.



