Le 15 octobre, la fiche 2026-10-0126 de Rappel Conso signale un café moulu de la marque Bialetti, le Perfetto Moka Caramello. Motif : une teneur en ochratoxine A supérieure à la limite autorisée. Le paquet porte une date de durabilité minimale au 29 mai 2027. Il peut donc encore se trouver dans un placard, et rien ne le distingue à l’œil d’un paquet conforme.
C’est le 4e café rappelé en France depuis le 30 avril pour la même cause. Monoprix Gourmet, Planteurs des Tropiques, Carrefour Sensation, Bialetti : 4 marques, 5 lots, un même contaminant. Je ne vais pas crier au scandale. Je veux regarder 2 choses : comment ce rappel arrive jusqu’à vous, et ce qu’il dit de notre contrôle alimentaire.
Dans cet article
- Le même contaminant dans 4 marques et 5 lots
- Ce que cette moisissure fait au corps
- Le seuil de 3 microgrammes par kilo est une décision
- Le rappel, c’est l’entreprise qui le décide
- Ce que les chiffres disent, et ce qu’ils ne disent pas
- Ce qu’il faut faire si le paquet est chez vous
Le même contaminant dans 4 marques et 5 lots
La première fiche date du 30 avril. Elle vise un café moulu Éthiopie de 250 g, vendu sous la marque Monoprix Gourmet, code GTIN 3350031873942, lot A22B, à consommer avant le 22 janvier 2028. La deuxième, le 3 juillet, concerne des dosettes Planteurs des Tropiques, en sachets de 36 et de 54, vendues chez Intermarché. La troisième, le 28 juillet, un café en grains Éthiopie de 1 kg de Carrefour Sensation. La quatrième est donc le Bialetti du 15 octobre.
Les 4 fiches donnent le code-barres, le numéro de lot et la date de durabilité. C’est ce trio qu’il faut vérifier, pas la marque seule. Les 4 indiquent aussi une vente en France entière. 2 d’entre elles précisent une fin de commercialisation, les 1er et 21 juillet. Les 2 autres n’en donnent aucune : rien n’y dit que le produit a quitté tous les rayons.
Le Bialetti a circulé chez 2 distributeurs spécialisés, Ponera et Maxicoffee. Son lot porte une date qui court jusqu’en mai 2027. Un paquet acheté au printemps peut donc être encore chez vous aujourd’hui. Le rappel a été relayé par la presse le 16 octobre.
Ce que cette moisissure fait au corps
L’ochratoxine A est une mycotoxine, c’est-à-dire un poison produit par des moisissures. Elle se développe sur des denrées mal séchées ou mal stockées : le café, les céréales, les fruits secs, les épices. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) en a réévalué le risque en 2020. Ses experts confirment que la toxine abîme le rein et provoque des tumeurs rénales chez les rongeurs de laboratoire.
Le Centre international de recherche sur le cancer la classe en groupe 2B, celui des substances possiblement cancérogènes pour l’homme. Cette catégorie n’est pas celle des certitudes. C’est celle des indices sérieux, qui ne suffisent pas à conclure. Le risque vient d’une exposition répétée, pas d’une tasse. La fiche Carrefour l’écrit noir sur blanc : seule une consommation répétée et de long terme peut conduire à un risque pour la santé.
Vous n’avez donc pas été empoisonné hier matin. Vous avez bu, parfois pendant des semaines, un produit qui dépassait la limite. C’est la répétition qui compte. Cela ne rend pas le rappel inutile : cela explique pourquoi il prend la forme d’un retrait tranquille, et non d’une alerte rouge.
Le seuil de 3 microgrammes par kilo est une décision
Le seuil est fixé par le règlement (UE) 2023/915, annexe I, point 1.2.14 : 3 microgrammes d’ochratoxine A par kilo pour le café torréfié en grains ou moulu. Le café soluble a droit à 5 microgrammes. Un microgramme est un millionième de gramme. Le seuil tient donc dans 3 millionièmes de gramme par kilo de café.
Ce chiffre n’est pas une loi de la nature. C’est un arbitrage sanitaire, arrêté par la Commission européenne après avis de l’EFSA. Il dit quel niveau de risque une société accepte dans son alimentation de tous les jours. Un seuil plus bas protégerait davantage, et retirerait davantage de produits du marché. Un seuil plus haut allégerait la facture des industriels. Personne ne le dit ainsi, mais c’est le choix qui se cache derrière le nombre.
Et il faut le dire clairement : une limite légale n’est pas un seuil de toxicité. L’EFSA a calculé, en 2020, l’exposition moyenne des consommateurs européens. Elle va de 0,6 à 17,8 nanogrammes par kilo de poids corporel et par jour. Pour les effets sur le rein, la marge de sécurité dépasse 200 dans la plupart des groupes. Elle tombe sous ce repère chez les gros consommateurs des classes d’âge les plus jeunes. Pour les effets tumoraux, la marge reste sous le repère de 10 000 dans presque tous les cas. L’agence précise que l’incertitude est élevée et que le risque est plus probablement surestimé que sous-estimé.
Le rappel, c’est l’entreprise qui le décide
Les 4 fiches portent la même mention : rappel volontaire, sans arrêté préfectoral. Le site indique aussi l’origine de chaque fiche. Pour Bialetti, c’est Bialetti France. Pour Monoprix, Achats marchandises Casino Monoprix. Pour Carrefour, Carrefour France. L’information vient de l’entreprise, pas d’un inspecteur.
Le droit européen le lui impose. L’article 19 du règlement (CE) 178/2002 oblige l’exploitant à retirer le produit et à informer les consommateurs dès qu’il a des raisons de penser qu’il n’est pas sûr. La puissance publique publie la fiche, contrôle et sanctionne. Dans ce cas précis, elle n’ordonne pas le rappel.
Je vois là un choix de méthode, et il a une conséquence. Le système repose d’abord sur la vigilance de celui qui vend. Quand un industriel préfère le silence, ce sont les enquêtes de l’État qui doivent le rattraper. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) mène ces contrôles. Une règle ne vaut jamais plus que ceux qui l’appliquent, et nous l’avons déjà écrit à propos des boissons énergisantes.
Ce que les chiffres disent, et ce qu’ils ne disent pas
J’ai compté les fiches de Rappel Conso qui mentionnent l’ochratoxine A depuis l’ouverture du site, en 2021, tous produits confondus. Il y en a 56. 9 en 2021, 6 en 2022, 4 en 2023, 7 en 2024, 18 en 2025 et 12 pour 2026 à la mi-octobre. Sur le seul café, la série est plus parlante. Zéro fiche en 2021 et 2022, 3 en 2023, 1 en 2024. Puis 2 en 2025, 2 lots de la même marque le même jour. Et 4 en 2026, avec 4 marques différentes.
Rappels de café pour ochratoxine A publiés chaque année
Nombre de fiches publiées sur Rappel Conso, catégorie cacao, café et thé.
Données : fiches Rappel Conso mentionnant l’ochratoxine A, catégorie cacao, café et thé. Période 2021 à 2026, année 2026 arrêtée au 18 octobre. Source : jeu de données RappelConso V2, ministères économiques et financiers.
Ce que ces chiffres disent : la toxine n'est pas un accident isolé. Elle est détectée régulièrement dans des produits de grande consommation, y compris chez des marques connues. Ce qu'ils ne disent pas, en revanche : que le café serait plus contaminé qu'avant. Un rappel mesure aussi la qualité des contrôles. Plus on cherche, plus on trouve. Le jeu de données ne recense que les rappels publiés, jamais les taux réels de contamination.
Reste une interprétation possible, et je la donne pour ce qu'elle est. Sur le café, 2026 est la première année où 4 marques différentes sont touchées. Cela ressemble moins à 4 accidents séparés qu'à un problème de filière, en amont, au séchage ou au stockage des grains. Les fiches ne le disent pas. Elles ne l'excluent pas non plus.
Ce qu'il faut faire si le paquet est chez vous
Prenez le paquet et cherchez trois informations : le code-barres, le numéro de lot, la date de durabilité minimale. Pour le Bialetti : 8006363076203, lot LC5 BD149T, 29 mai 2027. Pour le Monoprix : 3350031873942, lot A22B. Pour les 2 autres, les références exactes sont sur les fiches liées plus haut.
Ne consommez pas le produit concerné. Rapportez-le au point de vente : le remboursement est prévu dans les 4 cas. Bialetti précise même, sur sa page d'avis de rappel, qu'il rembourse sans ticket de caisse. Monoprix indique le 0800 08 40 00, Carrefour le 0805 90 80 70, du lundi au samedi. Si vous avez déjà bu ce café, ne guettez pas un symptôme : le risque est chronique, pas immédiat. En cas de doute, parlez-en à votre médecin.
Reste une question que ces fiches ne règlent pas. 4 marques, 5 lots, 5 mois et demi : à quel moment décide-t-on de regarder la filière entière, plutôt que le paquet rappelé un par un ?
Et vous, avez-vous déjà rapporté un produit rappelé en magasin ? Le remboursement a-t-il été simple ?



